Économie

Business : pourquoi l’Afrique subsaharienne devient incontournable

Londres accueille, les 19 et 20 octobre, les pays francophones du continent pour un Forum sur le commerce et l’investissement. Selon Antoine Huss, de l’Institut Tony Blair, des entreprises britanniques œuvrant dans les secteurs de l’énergie, de la finance, de l’agriculture et des infrastructures manifestent déjà un vif intérêt. 

Mis à jour le 17 octobre 2022 à 15:09
Antoine Huss

Par Antoine Huss

Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et l'Afrique centrale francophone à l'Institut Tony Blair

À l’usine Uniwax, à Abidjan, en 2016. © Issouf Sanogo/AFP

Les investisseurs le savent, l’Afrique subsaharienne est une zone à forte croissance, où les entreprises vont se développer et prospérer au cours de la prochaine décennie. Son potentiel est énorme et son marché de consommateurs issus des classes moyennes est en pleine expansion. Résultat, la diplomatie économique du Royaume-Uni se déploie désormais dans cette région qui n’était pas, pour elle, une cible traditionnelle.

Les marchés africains sont dynamiques. Ils ont tous un impératif : créer des emplois et avoir des retombées socio-économiques significatives afin de satisfaire une jeunesse en plein essor. Pour la plupart des chefs d’État africains, obtenir rapidement de tels résultats tout en adaptant leurs économies à la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales et à la transition énergétique est une tâche ardue.

Innovations

Les avantages concurrentiels de l’Afrique dans plusieurs secteurs clés sont pourtant évidents, le déficit de compétences se réduit et les prises de décision ont été améliorées grâce aux progrès technologiques et à un meilleur leadership. Les gouvernements africains sont désormais mieux placés pour tirer parti de leurs ressources et de leurs marchés, que les investisseurs savent être très rentables.

J’ai eu le privilège de travailler en étroite collaboration avec des décideurs et des entrepreneurs du sud du Sahara pendant près de dix ans. J’ai pu pleinement apprécier les efforts qu’ils ont déployés pour mettre en place un environnement politique favorable, remédier aux lacunes institutionnelles et attirer des investissements stratégiques afin de créer les conditions d’une croissance inclusive.

Ainsi, afin de renforcer les progrès réalisés ces dernières années et de répondre à la crise sanitaire liée au Covid-19, le Togo, premier pays africain à voir son passeport santé reconnu par l’Union européenne, a lancé des projets innovants dans le domaine culturel, dans l’hôtellerie et dans l’immobilier.

Au Sénégal, le secteur de la santé connaît également une profonde modernisation (carte de santé « intelligente » et fabrication de médicaments de classe mondiale). Ces avancées ont pu se produire grâce à un écosystème dynamique, à des partenariats public-privé efficaces et à un impressionnant vivier de talents.

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La Côte d’Ivoire nourrit, elle aussi, de grandes ambitions en matière d’intégration des chaînes de valeur mondiales et, en même temps, donne toutes leurs chances aux entreprises locales. Grâce à l’accès à un coton et à des infrastructures logistiques de qualité, grâce à la proximité des marchés et à l’évolution des tendances mondiales de consommation, le gouvernement a déployé des efforts considérables pour relancer son industrie textile en mettant l’accent sur la durabilité et la traçabilité.

Équité économique

De même, le Gabon mais aussi la RD Congo tirent de mieux en mieux parti des capacités d’absorption du carbone de leur forêt tropicale ainsi que de leur extraordinaire biodiversité pour s’inviter dans les discussions mondiales portant sur le changement climatique. Ce sera le cas à la COP27, qui se tiendra en Égypte en novembre. Cette conférence devrait permettre aux Africains de mieux se faire entendre et de bénéficier de perspectives économiques plus équitables.

Dans la région du Sahel et malgré les difficultés sécuritaires, le secteur bancaire du Burkina Faso est en pleine expansion. Le Niger, lui, mise audacieusement sur la transformation agroalimentaire et sur les énergies renouvelables. Toutes ces actions traduisent la volonté des dirigeants africains de se concentrer sur l’industrialisation, principal moteur de prospérité.

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L’énergie et l’agroalimentaire font ainsi partie de ces secteurs clés dans lesquels on attend du secteur privé qu’il investisse et innove, transformant au passage des vies et s’attaquant à des inégalités à grande échelle. Dans toute la région, les gouvernements, les entreprises et les institutions multilatérales construisent déjà des pools énergétiques intégrés conformes aux normes mondiales, étendent l’accès à l’électricité dans les zones rurales grâce à des solutions hors réseau intelligentes, et transforment les chaînes alimentaires grâce à des zones de transformation spéciales.

Saine concurrence

C’est une immense satisfaction de voir l’Afrique francophone présenter son potentiel et ses atouts à la communauté des investisseurs de Londres. Les responsables de haut rang et les chefs d’entreprise profiteront assurément de cet élan pour accompagner la transformation socio-économique de cette région en plein essor.

Cette démarche n’est pas seulement judicieuse sur le plan des affaires ; elle constitue une étape nécessaire en faveur du développement durable et de la réduction de la pauvreté dans le monde, elle est susceptible d’atténuer les risques d’instabilité politique et le phénomène des migrations forcées. Rien de tel qu’une saine concurrence dans les relations commerciales bilatérales pour aider les pays émergents à marcher vers le progrès.