Société

Toubab, go et brouteur font leur entrée dans le dictionnaire

Plusieurs mots popularisés en Afrique francophone font leur entrée dans l’édition 2023 du dictionnaire Le Robert. Une validation de l’avenir résolument africain de la langue française.

Mis à jour le 13 octobre 2022 à 14:14
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Les théoriciens du présumé « grand remplacement » des populations du Nord par les peuples du Sud dénoncent une colonisation linguistique, tandis que ceux qui considèrent la langue française comme un « butin de guerre » jubilent de voir ledit magot tropicalisé. Chaque année, le populaire dictionnaire Le Robert intègre dans ses pages des mots nouveaux dont il considère qu’ils vont faire preuve de pérennité. Certains termes sont validés par des évolutions technologiques ou sociétales, comme « biogénétique », « podcaster » ou, cette année, « instagrameur ».

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D’autres mots sont phagocytés de langues étrangères, comme le furent « ersatz » ou « pasionaria », parfois de pratiques francophones d’autres pays. Dans l’édition 2023 du Robert, entrent, par exemple, trois mots marinés dans le français d’Afrique de l’Ouest. S’il est étonnant que « toubab » ne soit anobli que cette année, « brouteur » a connu un succès aussi fulgurant que les escrocs du web qu’il désigne. Quant au mot « go », il doit certainement beaucoup à « la go Antou » de la chanson du groupe Magic System. « Gaou » est certainement dans les starting-blocks, pour les prochaines éditions…

59% des francophones du monde

Nul n’est besoin de rappeler que la démographie des populations africaines garantit un avenir prometteur à la francophonie, l’Afrique hébergeant déjà 59% des francophones du monde. La communauté linguistique abrite les anciennes colonies françaises qui boudent davantage l’ancien colon que sa grammaire, les putschistes frondeurs tançant volontiers dans la langue de Molière. L’Afrique pourrait permettre au français de conserver le statut de cinquième langue la plus parlée après l’anglais, le chinois, l’espagnol et l’arabe.

Et tout n’est pas que quantitatif. Les gardiens du temple linguistique qui larmoient sur la baisse de niveau scolaire des écoliers français 2.0. savent que les auteurs d’Afrique maîtrisent un français chiadé et riche d’expressions antédiluviennes, tout autant qu’ils assimilent la créativité quasiment « créole » d’expressions culturelles comme le nouchi ivoirien.

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Ces dernières années, les garants des différents dictionnaires francophones –notamment du Robert et du Larousse– ont intronisé moult termes venus du Maghreb ou d’Afrique noire : « s’enjailler », « cadoter », « siester », « bidonvillois » ou « girafer », ce verbe qui évoque la tricherie scolaire par allongement du cou vers la copie du voisin.

Et c’est bien d’un enrichissement dont il s’agit, les « gos » ne chassant les « filles » d’aucun dictionnaire. Et ceci même si les rédacteurs des lexiques s’arrachent les cheveux, quand il s’agit d’éditer les abécédaires en versions papier toujours plus lourdes. Le Petit Robert compte sur la version numérique de son grand frère Grand Robert pour ne sacrifier aucun mot. Le Larousse, lui, supprime parfois des termes, comme ce fut le cas de « aumusse », « boursicaut » ou « friponneau ». Et c’est moins la faute des « africanismes » que des anglicismes branchés.