Politique

Khat : Djibouti, Éthiopie, Kenya… Un marché euphorique et une arme diplomatique

Interdite dans la majorité des pays du monde, cette plante psychotrope reste très prisée dans la Corne de l’Afrique. Un marché gigantesque qui trouve même des débouchés grâce à l’e-commerce et qui revêt de forts enjeux politiques.

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Mis à jour le 21 octobre 2022 à 12:02

La consommation de khat produit un effet euphorisant comparable à celui des amphétamines. © MONTAGE JA : Marcus Westburg/The New York Times-REDUX-REA

Fast Khat. C’est le nom de l’application mobile lancée à Djibouti, début octobre, et qui permet de se faire livrer à domicile – et en toute légalité – sa botte de khat frais en un temps record. La nouvelle n’est pas passée inaperçue sur les réseaux sociaux, car la plante est interdite dans nombre de pays, où elle est considérée comme un stupéfiant proche des amphétamines.

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Pourtant, l’arbrisseau reste ultra-plébiscité dans les pays de la Corne de l’Afrique, où les feuilles et les tiges aux vertus euphorisantes et coupe-faim continuent d’être « broutées » par une large frange de la population. En Éthiopie, le business est tel que de plus en plus de producteurs de café, dont les récoltes s’amenuisent à cause des sécheresses, se reconvertissent dans la culture du khat, moins exigeante en eau et plus rentable.

Relations houleuses

Entre Nairobi et Mogadiscio, le stimulant – appelé localement miraa – est devenu une véritable arme diplomatique. Les deux pays frontaliers, en théorie alliés dans la lutte contre les islamistes Shebab, entretiennent des relations houleuses. Et, dès que le ton monte, Mogadiscio n’hésite pas à suspendre ses importations de précieux khat, qui s’élèvent en temps normal à 50 tonnes par jour et dont le commerce fait vivre des milliers de Kényans.

Le litige concernant le tracé de la frontière maritime entre la Somalie et le Kenya, dans une zone qui regorge de poissons et d’hydrocarbures, ainsi que les accusations d’ingérence émises par la première à l’égard du second sont autant de raisons qui expliquent pourquoi Mogadiscio a maintenu fermées ses liaisons aériennes avec Nairobi pendant près de deux ans. Il aura notamment fallu l’arrivée au pouvoir en Somalie d’un nouveau président, Hassan Sheikh Mohamoud (en mai dernier), ainsi qu’une décision favorable à son pays de la Cour internationale de justice concernant le litige frontalier pour que, en juillet 2022, le commerce de miraa puisse reprendre son rythme.

Quels sont les pays producteurs au cœur de ce juteux marché ? Où cette plante est-elle légalisée ? Qui en consomme le plus ? Décryptage en infographies.