Économie

Pourquoi le courant passe si bien entre l’espagnol AEE Power et l’Afrique

RDC, Togo, Kenya… AEE Power assure le développement du réseau électrique dans treize pays du continent. Et mise sur les énergies renouvelables.

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Mis à jour le 26 octobre 2022 à 10:29

La sous-station de Thika, au Kenya. © EE POWER

« L’Afrique fait partie de notre ADN », annonce d’emblée José Ángel González, cofondateur, président et directeur exécutif d’AEE Power. Quand, en 2006, il décide de créer son entreprise, ses partenaires sont tous forts de plus de vingt années d’expérience sur le continent africain dans le secteur des infrastructures électriques. Lui-même est arrivé en Afrique en 1972, avec son père, ingénieur. En dehors d’une parenthèse de quelques années à Madrid, il a vécu tour à tour à Kinshasa, Luanda, Johannesburg et Nairobi.

En lançant son activité au Zaïre (actuelle RD Congo), AEE Power a immédiatement parié sur l’immense potentiel de l’Afrique subsaharienne et de son marché énergétique. « Sur le continent, 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité. C’est là que se trouve notre marché », résume José Ángel González.

Centrales solaires hybrides

Durant plusieurs années, l’entreprise a donc principalement travaillé à l’électrification d’une partie de Kinshasa, avant de s’attaquer à celle de Luanda et de Lomé. D’autres projets, financés par des institutions multilatérales tels que la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale ou encore l’Agence française de développement (AFD), se sont ensuite succédé au Kenya, puis dans le reste de l’Afrique.

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Après les villes, l’entreprise espagnole s’est intéressée au raccordement électrique des zones rurales. Pour certaines, comme Mbanza-Kongo (dans le nord de l’Angola), Goma et Bukavu (en RD Congo), la connexion a pu se faire aisément à partir des grandes lignes. Mais d’autres localités, du fait de leur isolement, n’ont pu être reliées au réseau national. C’est le cas des petites villes congolaises de Gemena, Isiro ou Bumba, où il est envisagé, dans le cadre du projet Essor – dont AEE Power est l’un des concessionnaires –, de construire un réseau indépendant, alimenté par des centrales solaires hybrides. Avec un investissement de 100 millions de dollars, ce mini-réseau électrique, destiné à alimenter environ 500 000 habitants, est le plus important d’Afrique subsaharienne.

Apport de fonds privés

« Nous misons sur le développement de ces mini-grids, qui sont l’avenir de la distribution d’électricité sur le continent, ainsi que sur la mise en concession de lignes à haute tension, confie José Ángel González. On a besoin d’investissements privés dans le secteur. Les gouvernements sont endettés et doivent faire appel à des capitaux privés pour construire et exploiter les réseaux, à l’image de ce qui se fait sur les autoroutes privées. »

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Chargé du fonctionnement et de la maintenance de la centrale hydroélectrique de Mount Coffee, au Liberia (capacité de production : 80 MW), AEE Power a également dirigé toutes les étapes du développement d’une centrale photovoltaïque de 5 MW dans la mine de Rosh Pinah, en Namibie : promotion, construction, maintenance. Bien que de taille modeste, ce projet a valeur de symbole pour l’entreprise, puisqu’il est le premier en Afrique, dans le domaine des énergies renouvelables, à bénéficier de l’apport de fonds privés.

L’entreprise travaille aujourd’hui dans treize pays africains. Elle dispose d’un portefeuille de 29 contrats, dont la valeur avoisine 400­ millions de dollars. « Nous ne menons pas une politique opportuniste qui consisterait à monter un projet puis à partir. Notre vocation est de rester sur le long terme. Nous misons donc sur le talent de notre personnel, qui est à 90% africain. En ce sens, nous sommes uniques », insiste le président d’AEE Power, dont le siège reste à Madrid.