Économie

« L’Espagne doit développer des aides spécifiques à l’investissement en Afrique »

Quel rôle le secteur privé espagnol joue-t-il sur le continent ? Les explications de Jesús Jiménez, responsable Afrique au Club des exportateurs espagnols.

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Mis à jour le 6 novembre 2022 à 10:11

Jesús Jiménez, responsable Afrique du Club des exportateurs et des investisseurs espagnols, à Madrid, le 29 septembre 2022. © Angel Navarrete pour JA

Depuis sa création, il y a vingt-cinq ans, le Club des exportateurs et des investisseurs espagnols a trouvé sa place entre les différents services de l’administration publique et le secteur privé. C’est notamment le cas en Afrique, où un nombre croissant d’entreprises ibériques tentent de s’implanter, au point que le Club dispose, depuis cinq ans, d’un groupe de travail spécialisé. Son responsable, Jesús Jiménez, détaille la manière dont le secteur privé espagnol se déploie sur le continent.

 Jeune Afrique : Quel est le rôle du Club, en particulier en Afrique ?

Jesús Jiménez : Fondé pour aider les entreprises espagnoles qui exportent ou investissent à l’étranger, il compte environ 140 membres, dont un tiers a des intérêts en Afrique dans des secteurs très divers (alimentation, énergie, infrastructures, pharmacie…). La majorité de ces entreprises est présente au Maroc et en Algérie, mais aussi au Sénégal, au Ghana, au Kenya, au Rwanda, en Tanzanie, en Côte d’Ivoire… Nous avons donc créé, en 2017, le Groupe de travail pour l’Afrique, qui s’intéresse principalement au sud du Sahara.

Nos investissements directs sont en hausse dans les pays africains, notamment dans le secteur énergétique

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La stratégie des entreprises espagnoles en Afrique a-t-elle évolué ?

Elles se sont davantage ouvertes aux marchés extérieurs, et se sont très vite intéressées à l’Afrique. Elles exportent désormais leurs biens grâce à des hubs de distribution, établis sur place avec des partenaires locaux. Les entreprises de services sont, quant à elles, de plus en plus présentes sur tout le continent. Nous observons par ailleurs une hausse des investissements directs espagnols dans les pays africains, dans le secteur manufacturier ou dans la production de biens d’équipement industriel. L’accent est mis sur la filière énergétique, en particulier sur les énergies renouvelables, domaine dans lequel l’Espagne a beaucoup à offrir.

Nous aidons nos entreprises implantées en Afrique à surmonter des difficultés financières et fiscales

Quel soutien apportez-vous à vos membres, en Afrique ?

Par l’intermédiaire des ambassades et des bureaux commerciaux, nous faisons la liaison entre les institutions publiques et les entreprises privées établies en Afrique. Le Club organise régulièrement des réunions avec les ambassadeurs et les conseillers commerciaux des pays africains présents en Espagne et avec les représentants de l’Espagne sur le continent.

Nous organisons également des missions commerciales afin que nos membres puissent rencontrer leurs homologues africains et déployer leurs activités sur le continent. Nous aidons enfin nos entreprises à surmonter certaines difficultés, notamment en matière financière et fiscale.

Le soutien du gouvernement espagnol à son secteur privé en Afrique vous paraît-il adapté ?

Si on les compare à ce qui se fait dans les pays tiers, nos instruments de soutien financier sont techniquement efficaces, mais nos budgets sont très inférieurs. Pour être plus compétitifs, nous devrions créer des mécanismes spécifiques de soutien à l’investissement sur le continent tout en multipliant les traités bilatéraux. Le Foco África 2023 [programme du IIIe Plan Afrique, qui comprend 250 actions concrètes à réaliser d’ici à deux ans] a vocation à aider les entreprises espagnoles à s’implanter en Afrique.  Il devrait contribuer à renforcer la coordination entre les différents ministères, les ambassades qui se trouvent en Afrique et leurs bureaux commerciaux. C’est déjà le cas au Sénégal. Nous espérons que cela servira d’exemple.

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Quel rôle le Club des exportateurs joue-t-il dans l’élaboration des politiques publiques ?

Le Club a été l’un des acteurs clés de l’élaboration du Plan Afrique III. Avec la Confédération espagnole des organisations professionnelles (CEOE) et la Chambre de commerce espagnole, il est l’un des trois représentants du secteur privé à la Mesa África, un forum qui réunit des membres de la société civile et du ministère des Affaires étrangères.