Politique

L’Espagne a-t-elle toujours un plan pour l’Afrique ?

Madrid tente de garder le cap sur le sud du Sahara. Pas simple, quand la crise énergétique et la guerre en Ukraine accaparent l’attention.

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Mis à jour le 13 novembre 2022 à 16:34

Nana Akufo-Addo, le président ghanéen, au Foco África, à Madrid, le 29 mars 2021. © Zipi / EFE/ SIPA

« La diplomatie espagnole a, certes, gagné du terrain ces dernières années en Afrique, notamment dans le secteur économique et à la faveur d’une présence entrepreneuriale croissante. Mais d’autres États européens sont bien plus actifs sur le continent », souligne Ainhoa Marín, spécialiste de l’Afrique subsaharienne à l’Institut Elcano (Madrid). « L’Espagne, poursuit la chercheuse, reste essentiellement centrée sur ses thèmes de préoccupation habituels : flux migratoires, coopération, défense, accords de pêche. »

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En lançant le Plan Afrique III en 2019, le gouvernement de droite (Parti populaire, PP) de Mariano Rajoy a pourtant doté Madrid d’une véritable politique africaine. En 2021, le programme Foco África 2023 est venu étayer ce plan : il prévoit 250 actions concrètes à réaliser sur deux ans, allant du renforcement des relations diplomatiques et culturelles à l’accompagnement des investissements du secteur privé en Afrique.

Jeunes entrepreneurs

Foco África a fait, ces derniers mois, l’objet d’un audit interne au ministère des Affaires étrangères, dont les résultats n’ont pas encore été divulgués. Parmi ses principales actions, la première édition du Programme des visiteurs d’Afrique a permis à six jeunes entrepreneurs africains de se rendre en Espagne, à la fin de septembre, pour y rencontrer des pairs espagnols.

Preuve de l’intérêt croissant que Madrid porte à l’Afrique, la plateforme Mesa África se réunit plusieurs fois par an afin de coordonner les stratégies de l’administration publique et de la société civile (ONG, think thanks, secteur privé…) sur le continent. Mis en place dans le cadre du Plan Afrique III, cet outil n’a d’équivalent dans aucun autre service du ministère des Affaires étrangères. Sa dernière réunion, en juillet dernier, a donné lieu à toute une série de recommandations sur l’émancipation des femmes et la présence des entreprises espagnoles en Afrique. Une autre session est prévue d’ici à la fin de l’année.

Si la droite arrivait au pouvoir…

Malgré ces avancées, l’actualité récente a légèrement déplacé l’attention de l’Espagne vers le Maghreb et vers l’Ukraine en guerre, sur fond de crise énergétique. « L’intérêt du gouvernement pour l’Afrique subsaharienne en a pâti. Il a nettement diminué ces derniers mois », regrette Ainhoa Marín, qui espère néanmoins que le continent fera partie des priorités du gouvernement espagnol quand Madrid prendra la présidence tournante de l’Union européenne, au second semestre de 2023.

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La politique africaine de l’Espagne pourrait-elle être affectée par les prochaines échéances électorales ? Les instituts de sondage donnent pour l’instant le parti d’opposition (PP, droite) vainqueur des élections générales de la fin de 2023. Il a déjà avoir remporté, cette année, l’une des plus grandes régions du pays, l’Andalousie, fief traditionnel de la gauche durant des décennies.

Un changement de couleur politique entraînerait-il forcément un changement de cap ? « Si la droite arrivait au pouvoir, elle assurerait probablement la continuité de la politique africaine dont elle est elle-même à l’origine, indique Ainhoa Marín. Elle pourrait bien sûr adopter une autre approche, mais le maintien du Plan Afrique III semble acquis ».