Politique

Algérie-France : pour Benjamin Stora, « l’histoire de la colonisation est occultée »

Il y a 68 ans, dans la nuit du 30 octobre au 1er novembre 1954, trois bombes explosaient à Alger, marquant le début de la « Toussaint rouge » et de la guerre d’Algérie. Spécialiste de l’histoire du conflit, Benjamin Stora analyse pour JA la perception qu’en ont aujourd’hui les populations sur les deux rives de la Méditerranée.

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Mis à jour le 1 novembre 2022 à 10:29

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie, à Paris, le 11 octobre 2022. © Photo : Vincent Fournier pour JA

Benjamin Stora est sans doute l’un des tout meilleurs connaisseurs de l’histoire de la colonisation française en Algérie. Son expertise sur les questions mémorielles lui a d’ailleurs valu la confiance d’Emmanuel Macron, qui lui a confié la rédaction d’un rapport sur la colonisation (remis en janvier 2021), sur lequel le président français s’est appuyé dans le cadre de son travail sur le passé commun de la France et de l’Algérie. À l’occasion du 68e anniversaire du début de la guerre d’indépendance, le 1er novembre 1954, l’historien se penche sur les questions que posent encore les 132 ans de présence française en Algérie, et sur les efforts fournis, des deux côtés de la Méditerranée, pour améliorer la connaissance de cette période.

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Jeune Afrique : Vous signez avec Georges-Marc Benamou C’était la guerre, une série documentaire en cinq volets diffusée sur LCP. Vous dites qu’on ne peut pas comprendre la colonisation si l’on ne raconte pas l’histoire de la conquête sanglante, de la dépossession des terres des populations musulmanes, du code de l’indigénat… Le passé colonial devient-il moins tabou à la télé française ?

Benjamin Stora : Effectivement, il y a une histoire de l’occultation de cette colonisation dans l’espace public, notamment à la télévision française. Il y avait des films de fiction durant la période 1962-1992. Mais c’était des films communautaires dans le sens où chaque groupe – les Pieds-Noirs, les anticolonialistes, les anciens militaires ou les immigrés – allait voir ce qui le faisait pleurer. Il y avait donc un ensemble de visualisations possibles. À la télévision, les choses étaient plus compliquées. Il y avait de petits sujets traités par la fameuse émission « Cinq colonnes à la Une », mais pas de grands documentaires. Les premiers grands documentaires ont commencé en 1991 avec notamment Les années algériennes, que j’ai réalisé et qui a suscité des polémiques. Il y a eu 30 ans de silence sur la guerre d’Algérie.