Économie

Entreprise verte : les investisseurs étrangers doivent s’aligner sur les standards ESG

Sur le continent, les entrepreneurs étrangers sont encore à la traîne en matière de respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). En tenir compte permettrait pourtant de soutenir une croissance durable et mieux répartie entre les populations.

Mis à jour le 9 octobre 2022 à 16:12
Bertrand Coty

Par Bertrand Coty

Spécialiste des enjeux RSE et directeur des rédactions de RSE Magazine

Dans une école primaire de Johannesburg, en novembre 2020. © LUCA SOLA/AFP

Si elles ne constituent pas un bloc monolithique, les économies africaines partagent plusieurs caractéristiques qui minent la durabilité et la soutenabilité de leur croissance. D’abord, une surexposition des pays du continent aux risques systémiques globaux, comme le réchauffement climatique et ses conséquences délétères.

Ensuite, une part encore trop importante de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté – selon la définition donnée par la Banque mondiale – et un accès défaillant trop généralisé aux ressources les plus fondamentales. Enfin, une mauvaise gouvernance, chronique dans la vie politique et économique, et la prédominance d’un secteur informel difficilement contrôlable et échappant globalement à la collecte fiscale.

Surexposition aux risques

Des problèmes cruciaux qui épousent en partie les objectifs des critères ESG, dont l’intérêt est de promouvoir une croissance des organisations à impact environnemental et social positif.

Plus encore, les critères ESG permettent de concevoir l’entreprise comme un acteur positivement implanté sur un territoire et un bassin d’emploi, totalement lié aux besoins spécifiques des populations et non plus une puissance prédatrice.

À Lire Des idées qui vont changer l’Afrique : contrats de performance, lois antitrust, négociations en bloc… Zoom sur la gouvernance [1/5]

Bien que surexposées aux risques, les entreprises africaines utilisent encore insuffisamment les critères ESG. Elles ne seraient, selon une enquête révélée par le Oxford Business Group (OBG) en décembre 2021, que 22,4 % à avoir investi dans ces critères, malgré une prise en compte croissante des trajectoires ESG par les actionnaires et les investisseurs.

Double élan

Pour espérer une mobilisation générale des acteurs économiques en faveur des critères ESG, nous devons compter sur un double élan. Le premier, incitatif, repose sur une impulsion ferme au niveau du top management des entreprises pouvant, à terme, générer un effet d’entraînement et d’imitation des concurrents sur un secteur donné.

la filière minière a su se réinventer pour agir sur le bien-être des communautés

Plus encore, les critères ESG s’affirment comme un facteur de différenciation avec un avantage comparatif, pas totalement dénué d’intérêts marketing, qui permettent de répondre à un enjeu de réputation, mais aussi d’espérer un meilleur accès aux marchés publics. Cet enjeu réputationnel, d’ores et déjà incontournable dans les pays occidentaux, gagne du terrain en Afrique.

À Lire Minerais « verts » : au Cap, l’industrie extractive à l’heure de la transition énergétique

Le secteur minier en Afrique et plus généralement l’ensemble des industries extractives, dont le développement soutenu des années 2000 n’est pas étranger à la puissante croissance économique des pays du continent, témoigne d’un profond – et salutaire – changement de paradigme. Face aux critiques évidentes sur les externalités négatives du secteur minier en Afrique, la filière a su se réinventer pour agir sur le bien-être des communautés minières et le maintien plus ou moins avancé du cadre environnemental du site.

Plus encore, la mobilisation des plus gros acteurs économiques apparaît comme un palliatif face aux défaillances de l’État et au manque de services publics. L’entreprise minière chinoise CMOC, très implantée en RDC, s’est ainsi engagée à réaliser de lourds travaux d’infrastructures autour du site, en se concentrant sur le financement d’une vingtaine d’écoles et six centres de santé. Une contrainte à laquelle n’échappent pas les entreprises locales.

il faut compter sur une mobilisation ferme des pouvoirs publics

La compagnie des bauxites de Guinée (CBG), dont l’État guinéen est actionnaire à 49 %, a investi 60 millions de dollars dans un panel d’infrastructures et services sociaux. En parallèle, de plus en plus d’acteurs du secteur rejoignent l’United Nation Global Compact, qui incite les entreprises à adopter une attitude socialement responsable. Parmi elles, la CMOC, Newmont Mining Corp ou encore Guangxi Hezhoushi Jinlong.

À Lire Bank of Africa, Nedbank, BOAD… Les banques africaines s’éveillent à l’argent « vert » (2/3)

Approche coercitive

Si cette approche est insuffisante, il faut compter sur une mobilisation ferme des pouvoirs publics et une production juridique suffisamment contraignante pour forcer les entreprises à la transparence et à la définition d’une ligne ESG claire. Un vaste mouvement se dessine d’ailleurs à ce niveau. En 2018, la Tunisie s’est dotée d’un corpus juridique destiné à concilier les intérêts économiques des entreprises avec leur environnement social, le développement durable et des pratiques de bonne gouvernance.