Politique

RDC : Sophie Rhys-Jones et Denis Mukwege, la comtesse et le présidentiable

La comtesse de Wessex était à Bukavu, mais lorsqu’un membre de la famille royale britannique rencontre un médecin congolais en territoire africain, la star n’est pas celle que l’on croît…

Mis à jour le 7 octobre 2022 à 10:02
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

En succédant à une reine intronisée en 1952, le frais émoulu roi de Grande-Bretagne Charles III sera-t-il, à 73 ans, le monarque 2.0 que l’on espère ? À l’international, le nouveau chef du Commonwealth s’intéressera-t-il aux 21 pays africains membres de cette organisation intergouvernementale charpentée par d’anciens territoires de l’Empire britannique ?

Il y a quelques jours, l’Afrique s’est sentie flattée par l’annonce que la première visite d’État en terre britannique, depuis le décès d’Elizabeth II, serait effectuée par un président africain. C’est du 22 au 24 novembre 2022 que Charles III et la reine consort accueilleront le Sud-Africain Cyril Ramaphosa et son épouse Tshepo Motsepe au palais de Buckingham.

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Quid d’une présence officielle de la couronne du Royaume-Uni sur le sol africain ? Entre intérêt diplomatique et curiosité people, la presse titrait, ces derniers jours, « la famille royale britannique se rend à Bukavu ». D’abord étonné que la destination ne soit pas anglophone, l’Africain lambda s’est frotté les yeux en tâchant d’identifier quelle sommité représentait la mémoire de la défunte reine en République démocratique du Congo (RDC).

Célébrité relative

Comtesse de Wessex, la visiteuse du jour n’est « que » l’épouse du prince Edward, le frère que Charles III a la réputation de malmener, quatrième fils de la reine Elizabeth II, rejeton qui n’est classé « que » treizième dans l’ordre de succession au trône britannique. L’épouse du roi ne devenant pas reine, contrairement aux jeux de cartes des belotes du Sud-Kivu, la visite de Sophie Rhys-Jones ne promettait guère une danse avec une star…

En réalité, l’accueillant se révèle plus fameux que l’accueillie. Car c’est à la rencontre des patientes de la fondation Panzi du Dr Denis Mukwege que s’est rendue la comtesse de Wessex. Certes, la visite revêt un caractère inédit – c’est la première de la famille royale britannique en RDC. Et certes, elle est utile, la Conférence internationale sur la prévention de la violence sexuelle dans les conflits devant se tenir à Londres en novembre. Mais si demande de selfie, il devait y avoir, c’est bien le prix Nobel de la paix 2018 qui aurait été la vedette du cliché

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Comme en témoigne le récent passage de l’ancien président français François Hollande, l’hôpital de Denis Mukwege est devenu « the place to be ». Le Nobel est à ce point populaire – pas chez les politiciens dont il fait grincer quelques dents – que beaucoup de Congolais aimeraient le voir se jeter dans l’arène électorale, en prévision des élections de fin 2023. En ces temps où l’Afrique se cherche une nouvelle indépendance vis-à-vis de l’Occident, la seule caricature qui colle aux semelles du Nobel 2018 est celle d’« homme des Blancs ». Sophie Rhys-Jones et François Hollande n’avaient-ils pas davantage besoin de Mukwege que l’inverse ?