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Tunisie : les juges se penchent sur les « années jihad » d’Ennahdha

Convoqués par la justice, Ali Larayedh, l’ancien Premier ministre, et Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha, sont soupçonnés d’avoir favorisé le départ de Tunisiens pour la Syrie et l’Irak lorsque leur parti était au pouvoir. Ces accusations sont-elles étayées ?

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Mis à jour le 5 octobre 2022 à 14:20

L’ancien chef du gouvernement, Ali Larayedh, à Tunis, le 26 septemre 2022.

Initiative d’un juge zélé ? Coup de sang du président ? Nouvelles preuves de la responsabilité du parti Ennahdha dans l’affaire dite de « l’expédition de jihadistes » à l’étranger ? Que s’est-il passé pour que, ce 20 septembre, une décennie après les faits, Rached Ghannouchi et Ali Larayedh, les leaders de la formation islamiste au pouvoir entre 2011 et 2014, soient convoqués et interrogés par le pôle antiterroriste tunisien ?

« Faire diversion et détourner l’opinion des enjeux économiques et sociaux », tel serait le but du « pouvoir putschiste, qui cible les opposants en fabriquant des affaires », affirmait Ennahdha, dans un communiqué publié la veille de la convocation.

Matraque juridico-policière

Les arguments qui vont dans son sens ne manquent pas : après avoir façonné un régime à sa main, le président, Kaïs Saïed, n’a pas hésité à menacer ses opposants de la matraque juridico-policière et a achevé, en juin, de « purger » le système judiciaire des magistrats qui lui paraissaient trop indulgents envers ces derniers.

En décembre 2021, Noureddine Bhiri, député nahdhaoui et ancien ministre de la Justice, était ainsi emprisonné. On le soupçonnait d’avoir fabriqué et remis de faux papiers à des jihadistes supposés, à une Syrienne notamment. Il a été libéré deux mois (et une grève de la faim) plus tard, sans jamais avoir été interrogé.

À Lire Tunisie : l’audition de Rached Ghannouchi reportée

Le 19 juillet 2022, six jours avant le référendum, largement boudé par la population mais qui a taillé au président Saïed une constitution sur mesure, Rached Ghannouchi, le fondateur d’Ennahdha, accusé de corruption, avait été une première fois auditionné. Douze jours plus tôt, son parti avait appelé au boycott de la consultation.

Lors de sa convocation, ce 19 septembre, l’octogénaire a dû attendre des heures avant qu’on lui signifie le report de son audition au lendemain, ce que son parti a qualifié « de forme d’abus et de torture ». Là encore, le 7 septembre, Ennahdha et d’autres partis d’opposition avaient appelé à s’abstenir de participer aux législatives de décembre prochain, dénonçant « la construction d’un régime autoritaire et tyrannique ».

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