Politique

Algérie : le Congrès américain intoxiqué par une élue pro-Trump ?

La représentante républicaine Lisa McClain exige des sanctions contre l’Algérie pour un prétendu contrat d’armes russes de 7 milliards de dollars conclu en 2021. Une information non vérifiée, qui lui a pourtant permis de rallier 27 autres parlementaires.

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Mis à jour le 3 octobre 2022 à 12:54

La députée républicaine Lisa McClain devant la Chambre des représentants au Capitole à Washington DC, le 18 novembre 2021. © Anna Moneymaker / Getty Images / AFP

La demande a peu de chances d’aboutir, mais elle n’en est pas moins de nature à agacer les autorités algériennes. Vingt-sept membres du Congrès américain, républicains et démocrates, ont adressé le 29 septembre une lettre au secrétaire d’État Anthony Blinken pour lui demander de prendre des sanctions contre certains responsables algériens qu’ils accusent d’achats massifs d’armes auprès de la Russie. Les représentants évoquent le Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) pour appuyer leur requête.

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Adopté en 2017 sous la présidence de Donald Trump, ce texte autorise le président des États-Unis à imposer des sanctions aux personnes qui, sciemment, « s’engagent dans une transaction importante avec une personne qui fait partie de, ou opère pour, ou au nom, des secteurs de la défense ou du renseignement du gouvernement de la Fédération de Russie ».

3ème destinataire d’armes russes au monde

Cette initiative lancée par la représentante du Michigan, Lisa McClain, grande admiratrice de Donald Trump, intervient après une démarche similaire initiée par le sénateur républicain, et ex-candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle, Marco Rubio.

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Dans sa lettre rendue publique sur le site du Congrès, l’élue affirme que l’Algérie a signé en 2021 un contrat d’armements avec la Russie pour un montant de 7 milliards de dollars. « Comme vous le savez, écrit-elle, la Russie est le plus grand fournisseur d’armes de l’Algérie. Rien que l’année dernière, l’Algérie a finalisé un achat d’armes avec la Russie pour un total de plus de 7 milliards de dollars. Dans cet accord, l’Algérie a accepté d’acheter des avions de combat russes, y compris des Sukhoi 57. La Russie n’avait jusqu’à présent accepté de vendre cet avion particulier à aucune autre nation. Ce transfert militaire a fait de l’Algérie le 3ème destinataire d’armes russes au monde. »

Les signataires de la lettre exigent « des sanctions importantes contre les membres du gouvernement algérien qui ont été impliqués dans l’achat d’armes russes. » Ils jugent que « les États-Unis doivent envoyer un message clair au monde, que le soutien à Vladimir Poutine et les efforts de guerre barbares de son régime, ne seront pas tolérés. »

Aucune annonce officielle

Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie s’est principalement fournie en armes auprès de l’ancienne URSS, puis de la Russie, devenant ainsi, un des principaux clients de l’industrie militaire russe. Toutefois, ce contrat de 7 milliards de dollars finalisé en 2021, et évoqué par la sénatrice Lisa McClain pour justifier la demande de sanction, n’a jamais fait l’objet d’une annonce officielle, ni d’Alger, ni de Moscou.

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On notera également que les arguments avancés par Lisa McClain sont exactement les mêmes que ceux utilisés précédemment par le sénateur républicain Marc Rubio. Dans sa lettre adressée à Anthony Blinken, Rubio indiquait que la Russie est le premier fournisseur militaire de l’Algérie, et affirmait qu’elle « fait également partie des quatre principaux acheteurs d’armes russes dans le monde, culminant avec un accord d’armement de 7 milliards de dollars en 2021. »

Mal informée ?

Le problème, c’est que si l’achat de 14 avions de combat furtifs Su-57 a bien été évoqué par certains médias fin 2020, jamais Alger, ni Moscou, n’ont confirmé avoir finalisé un tel contrat. Celui-ci a bien été proposé par les Russes, mais les Algériens n’ont pas donné suite. Le montant annoncé de 7 milliards de dollars interroge également, quand on sait que le budget total de l’armée algérienne pour 2021 s’élevait à 9,2 milliards de dollars.

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Le seul contrat militaire d’un montant approchant – 7,5 milliards de dollars – que l’Algérie a conclu avec la Russie remonte à mars 2006, lors de la visite à Moscou de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Après des années de négociations, Vladimir Poutine avait alors accepté de convertir la dette militaire de 4,5 milliards de dollars que l’Algérie avait contractée auprès de l’URSS dans les années 1960 et 1970. En échange, Alger avait accepté de signer un contrat de 3,5 milliards de dollars comprenant l’achat de différents équipements militaires, dont 28 chasseurs Sukhoi 30MK, 40 chasseurs Mig 29 SMT, 8 groupes de missiles antiaériens S300 PMU et 40 chars T90.

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La représentante Lisa McClain est-elle mal informée ? A-t-elle tenté d’influencer ses collègues du Congrès en s’appuyant sur des informations, et des donnés, infondées ou parcellaires ? Cette femme d’affaires élue en 2020 avait salué le rapprochement entre Israël et le Maroc qu’elle avait qualifiée de « normalisation historique ». Mais il lui est aussi arrivé de propager des fake news comme en avril 2022, lorsqu’elle avait affirmé que Donald Trump avait, durant son mandat, « capturé Oussama Ben Laden ». Rappelons que l’ancien dirigeant d’Al-Qaïda a été tué en 2011, lors d’un raid ordonné par Barack Obama.