Politique

Cuba : Miguel Diaz-Canel, plus cool que Raúl ?

L'armée semble acquise à l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur. © Ramon Espinosa/AP/Sipa

Nommé premier vice-président du Conseil d'État, Miguel Diaz-Canel, ingénieur en électronique, devrait succéder au frère de Fidel Castro à la tête de Cuba. Le régime communiste va-t-il évoluer pour autant ?

Réélu président de Cuba le 24 février pour un second mandat de cinq ans, Raúl Castro a choisi comme premier vice-président du Conseil d’État – et donc comme successeur – Miguel Díaz-Canel, 52 ans. Il était jusque-là l’un des huit vice-présidents du Conseil des ministres. Ce « transfert en douceur et ordonné du pouvoir aux nouvelles générations », selon les termes du président Castro, donne lieu à des interprétations divergentes.

Les milieux cubains de Miami ou les conservateurs américains estiment que ce processus successoral s’inscrit dans la continuité et évite à La Havane la fin piteuse de nombreux régimes communistes d’Europe ou d’Asie.

Le parcours de Miguel Díaz-Canel est en effet d’un grand classicisme. Né le 20 avril 1960 dans la province de Villa Clara (centre du pays), il a obtenu un diplôme d’ingénieur en électronique à l’université de Las Villas. Son expérience militaire s’est limitée à un service de trois ans dans une unité de missiles antiaériens. Il a servi au Nicaragua au temps du gouvernement sandiniste.

Permanent de la Jeunesse communiste puis du Parti communiste (PC), il a fait carrière dans les provinces de Villa Clara et de Holguín. Sur proposition de Raúl Castro, il entre au bureau politique du PC en 2003. Six ans plus tard, il est nommé ministre de l’Enseignement supérieur. En 2012, il est promu vice-président du Conseil des ministres et, à ce titre, il représente Raúl Castro ou l’accompagne dans plusieurs manifestations internationales, notamment au Venezuela, le pays frère.

Pour ceux qui croient à l’ouverture du régime castriste, Raúl a vraiment l’intention, à 81 ans, de « dépasser la barrière de l’immobilisme et les mentalités obsolètes pour dénouer les noeuds qui freinent le développement des forces productrices » afin d’instaurer « une société moins égalitaire, mais plus juste ».

Affable

À l’aune de cet objectif, Miguel Díaz-Canel incarne bien le futur. Par sa ressemblance avec l’acteur américain Richard Gere, il se distingue agréablement des vieilles barbes révolutionnaires. Il a su concilier le réformisme voulu par le président et le dogmatisme des notables communistes de province, notamment en contribuant au développement du tourisme là où il était le responsable du parti. Discret et affable, on lui connaît peu d’ennemis, en tout cas pas dans l’armée, qui lui semble acquise.

Sa promotion s’accompagne d’une incontestable relève de la vieille garde. Sur les 31 nouveaux membres du Conseil d’État – organe exécutif élu par le Parlement -, 17 n’y avaient jamais siégé, 41,9 % sont des femmes et 38,6 % sont noirs ou métis, a précisé Raúl Castro. Leur moyenne d’âge est de 57 ans, et 61,3 % d’entre eux sont nés après la révolution de 1959. Le pouvoir cubain tente donc de passer à une économie de marché avec des transferts de pouvoir réussis à la manière du Parti communiste chinois depuis Deng Xiaoping. Mais on se souvient des disgrâces de dirigeants promis à la charge suprême comme Carlos Lage, vice-président du Conseil d’État, ou Felipe Pérez-Roque, ministre des Affaires étrangères, démis de ses fonctions en 2009.

Cette fragilité poussera peut-être Raúl Castro à abréger son mandat qui expire en principe en 2018 pour éviter à Díaz-Canel les intrigues de ses challengeurs, tels Marino Murillo, vice-président du Conseil des ministres, ou Bruno Rodríguez, ministre des Affaires étrangères. Il en a plaisanté en lançant à des journalistes : « Je vais démissionner, car à près de 82 ans j’ai bien le droit de prendre ma retraite, vous ne croyez pas ? » 

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