Politique

Cedeao : de Mamadi Doumbouya à Assimi Goïta, indignation de chefs de junte en stéréo

La Mali se désolidarise des récentes sanctions de la Cedeao contre la Guinée. Un axe Bamako-Conakry qui inquiète l’organisation ouest-africaine.

Mis à jour le 30 septembre 2022 à 16:49
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Que raconte un colonel ouest-africain putschiste quand il rencontre un colonel ouest-africain putschiste ? Des histoires de colonels ouest-africains putschistes, sans doute, teintées d’une dramaturgie messianique, en ces temps de démocratie jugée défaillante. Au moment précis où la Cedeao réunissait, la semaine dernière, quelques chefs d’État de la zone à New York, le président de la Transition de la République de Guinée rendait visite au président de la Transition de la République du Mali. Bien décidés à surfer sur les discours souverainistes de cette internationale nationaliste naissante, Mamadi Doumbouya et Assimi Goïta comparaient leurs treillis en mode « Best friends forever ».

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Maintenant que la Guinée est particulièrement ciblée – quelques mois après le Mali, de janvier à juillet –, par les sanctions d’une Cedeao qui ne sait plus où donner de la tête, la junte malienne dégaine, au profit de son voisin du Sud-Ouest, la rhétorique fleurie à laquelle elle a habitué la communauté internationale. Alors même qu’une mission de l’organisation sous-régionale s’annonçait à Bamako, mercredi soir, un communiqué officiel évoquait un régime malien « outré » par les sanctions infligées au voisin guinéen. En plus de sanctions individuelles contre certaines personnalités, toute assistance et toute transaction des institutions financières de la Cedeao avec la Guinée sont suspendues.

« Solidarité indéfectible »

Le gouvernement malien exprime une « solidarité indéfectible » avec les Guinéens et « décide de se désolidariser de toutes les sanctions illégales, inhumaines et illégitimes prises à l’encontre de la République sœur de Guinée », sanctions auxquelles il ne « réservera aucune suite ». Un avis qui fait sans doute grincer des dents, du côté des médiateurs de passage à Bamako, mais qui ne surprend guère. Comme la Guinée, depuis le renversement d’Alpha Condé en septembre 2021, le Mali est suspendu des organes de décision de la Cedeao depuis la démission contrainte d’Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020.

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Si les instances sous-régionales mettent habituellement de l’eau de realpolitik dans le vin de leur intransigeance, elles peinent à absoudre ces deux régimes de leurs aventures militaires en raison d’un calendrier de retour à l’ordre civil plutôt vague. Doumbouya et Goïta semblent vouloir « s’éterniser » au pouvoir, même si le Mali a promis des élections en février 2024…

Forte de 15 membres, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ne peut que redouter une contagion de la fronde malo-guinéenne. Et les regards se tournent vers l’autre colonel, lui aussi fossoyeur du processus démocratique, Paul-Henri Sandaogo Damiba qui pourrait compléter le casting d’un remake du vieux dessin animé « Los tres caballeros ». Mais le Burkinabè doit d’abord éteindre la fronde qui gronde à Ouagadougou