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Cet article est issu du dossier «Planète peule : rencontre avec un peuple sans frontières»

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Politique

Cameroun : les Foulbés, condamnés aux seconds rôles ?

Marafa Hamidou Yaya, le 16 juillet 2012, à la sortie du tribunal de Yaoundé. © DR

Depuis la démission du président camerounais Ahmadou Ahidjo en 1982, les Foulbés ne sont jamais parvenus à réoccuper le devant de la scène politique. Beaucoup a été fait pour réduire leur influence.

Son peuple ne lui dit pas merci. Plus de trente ans ont passé, mais depuis qu’Ahmadou Ahidjo a démissionné de ses fonctions de président du Cameroun, un soir de novembre 1982, les Peuls et, plus généralement les musulmans du Nord, n’ont jamais retrouvé leur influence d’antan.

Tout au long de ses vingt-cinq années de règne, Ahidjo a pourtant promu et soutenu les membres de sa communauté. C’est pour eux qu’il a instauré une politique dite d’équilibre régional – sorte de discrimination positive qui permit aux minorités ethniques (et notamment aux Peuls) d’accéder aux grandes écoles et aux emplois administratifs prestigieux. C’est encore Ahidjo qui a favorisé l’émergence de grandes fortunes au sein de l’aristocratie peule et qui permit à Mohamadou Abbo ou à Ahmadou Danpulo de régner sur l’agroalimentaire au Cameroun. Sous Ahidjo, le Nord-Cameroun était donc bien mieux considéré qu’il ne l’est sous le « sudiste » Paul Biya. Cette entité géographique multiethnique avait le poids politique d’un bloc monolithique, entièrement dédié au soutien du premier président du pays, et la région bénéficiait des plans d’investissement gouvernementaux. Jusqu’au début des années 1980, dans la géopolitique régionale, l’hégémonie des Peuls sur les chrétiens et les animistes (en bref, sur les « Kirdis », nom générique qui englobe les Toupouris, les Guizigas, les Massas ou les Kotokos) était notoire.

Sitôt arrivé au pouvoir, Paul Biya joua la carte kirdie pour réduire l’influence des Peuls et des musulmans. En août 1983, le chrétien Luc Ayang, un Toupouri, était nommé Premier ministre en remplacement du Peul Bello Bouba Maïgari. Une première. Plus tard, un décret présidentiel torpilla cette base arrière favorable à Ahidjo en divisant la province du Nord en trois nouvelles provinces : le Nord, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua. Quand survint la tentative de putsch du 6 avril 1984, des amalgames provoquèrent une purge dans l’administration et au sein de l’armée. 

Mariage de raison

Toutes les grandes familles n’étaient pourtant pas contre Biya. Les Hayatou, Talba, Fadil, Abdoulaye ne s’étaient pas associées au rejet du chef de l’État. Les années suivantes, on assista donc à un mariage de raison, sur fond de méfiance réciproque. Ainsi Sadou Hayatou fut-il nommé Premier ministre le 26 avril 1991 et écarté moins d’un an plus tard, le 9 avril 1992. Sans doute était-il trop populaire pour être maintenu dans ses fonctions. Il sera par la suite cantonné à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), jusqu’à sa retraite en janvier 2008, et aucun Peul n’occupera plus après lui un poste aussi élevé dans l’ordre protocolaire. Président de l’Assemblée nationale depuis 1992, Cavaye Yéguié Djibril est un chrétien toupouri de l’Extrême-Nord… Quant au plus connu des Peuls du Cameroun, Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général à la présidence et ex-ministre d’État à la forte personnalité, il purge depuis septembre 2012 une peine de vingt-cinq ans de prison pour « détournement de deniers publics ». Du fond de sa cellule, il clame son innocence et attribue ses malheurs à ses ambitions présidentielles. Et il n’a pas renoncé à livrer bataille pour le pouvoir…

 

 

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