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Burkina Faso : comptes et décompte

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Burkina Faso : Djibrill Yipènè Bassolé, en service commandé

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Mis à jour le 14 mars 2013 à 16:58

Ouagadougou, Bamako, Abidjan, puis encore Bamako et New York… En 2012, Djibrill Yipènè Bassolé, 55 ans, a dû faire l’équivalent d’un tour du monde pour tenter de trouver une issue à la crise au Mali. Ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, c’est sur son bureau qu’a échoué le dossier lorsque Blaise Compaoré a été désigné médiateur dans cette crise par ses pairs de la sous-région.

Selon certains, il n’est que la voix de son maître, celui à qui le président Blaise Compaoré peut tout demander. Lui-même préfère se définir comme un « serviteur de l’État, qui va là où le Faso a besoin de [lui] ».

Il faut dire que l’homme a de l’expérience. En vingt ans, Djibrill Bassolé a mené des médiations dans plusieurs crises africaines : Togo, Niger, Darfour, Côte d’Ivoire… Et si elles ne sont pas toutes d’éclatants succès, ses interlocuteurs s’accordent néanmoins à louer son esprit « pratique » et le soin qu’il prend à « ménager les susceptibilités ». « Il sait prendre rapidement la mesure d’une situation et ne se perd pas en conjectures », raconte l’un de ses anciens collaborateurs.

Parrains

Mais Bassolé, c’est aussi – et surtout – un intime de Blaise Compaoré, « l’un de ceux qui peuvent se permettre de le tutoyer », confie un politicien burkinabè. Entre les deux hommes, les liens sont anciens. Durant et après la révolution, Bassolé est resté au coeur du dispositif sécuritaire du président. Jeune officier, il a commandé les deux plus grandes compagnies de gendarmerie du Burkina (Bobo-Dioulasso, en 1983-1984, et Ouagadougou, de 1984 à 1987), avant d’être nommé chef d’état-major de la gendarmerie (1997-1999). Entre 1999 et 2007, il a été successivement ministre délégué à la Sécurité et ministre à part entière. Enfin, lorsque Blaise Compaoré quitte ses fonctions de grand maître de la Grande Loge maçonnique du Burkina, il transmet son maillet à… Bassolé – très apprécié de ses parrains français qui, en janvier 2012, lui ont remis la Légion d’honneur (chevalier). De là à dire qu’il est le successeur désigné du chef de l’État à la tête du Faso, il n’y a qu’un pas, que l’opposition a vite franchi.

Bassolé, lui, se contente de hausser les épaules. « Chaque Burkinabè majeur et éligible est un successeur potentiel de Blaise Compaoré. »