Politique

Présidentielle malgache : Rajoelina et Beriziky, comme chien et chat

De g.à dr. Andry Rajoelina et Omer Beriziky, le 31 octobre 2011. © AFP

Jusque-là, ils essayaient de faire bonne figure. Le chef de l'État malgache, Andry Rajoelina, et son Premier ministre, Omer Beriziky, s'appréciaient peu mais ne le montraient pas. Ce n'est plus le cas... À l'approche des élections, la guerre est ouvertement déclarée.

Andry Rajoelina, le président de la transition malgache, et Omer Beriziky, son Premier ministre, n’ont pas grand-chose en commun et, sans quelques circonvolutions de ­l’Histoire, ils n’auraient probablement jamais eu à se réunir autour d’une même table.

Au début de leur cohabitation imposée par la communauté internationale, chacun a pris sur soi. « Il existait des divergences, mais elles étaient tues », souffle un ancien collaborateur du président. Ce n’est plus le cas : depuis quelques semaines, chacun de leurs désaccords est rendu public. Le pacte que les deux hommes ont signé sous les auspices de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ne tient plus qu’à un fil.

"Mon patron, c’est la feuille de route"

C’était le 29 octobre 2011. Rajoelina (38 ans), dont les médiateurs avaient exigé qu’il nomme un Premier ministre n’appartenant pas à sa mouvance, avait surpris son monde en portant son choix sur Beriziky (62 ans), un historien reconverti dans la diplomatie sous la présidence d’Albert Zafy et dont le nom n’évoquait rien pour la plupart des Malgaches. À l’époque, les commentateurs soupçonnaient le président d’avoir choisi le plus malléable. Lui-même, séduit par le discours de Beriziky, le pensait. Erreur !

Beriziky, dès le début, a été clair : « Mon patron, c’est la feuille de route. » Et il l’a prouvé en de multiples occasions : en ne sanctionnant pas les ministres fidèles à l’ancien président, Marc Ravalomanana, qui ont fait grève pendant plusieurs mois. En s’opposant à un remaniement gouvernemental souhaité par le président. En défendant avec force le scénario du « ni… ni » proposé par la SADC (ni Rajoelina ni Ravalomanana candidats à la prochaine présidentielle). Il a également régulièrement mis un frein aux désirs de Rajoelina. Le dernier de ses refus, fin janvier, a été celui de trop. En s’opposant fermement au président sur les textes électoraux qui détermineront le déroulement des scrutins à venir, Beriziky a provoqué un clash en plein Conseil des ministres. 

Beriziky s’est fixé une mission : en finir avec la transition en suivant point par point la feuille de route.

« Cela faisait quelques mois que le courant ne passait pas entre les deux, explique un ministre issu de la société civile. Beriziky est droit dans ses bottes. Il s’est fixé une mission : en finir avec la transition en suivant point par point la feuille de route. Cela irrite l’entourage de Rajoelina, qui le perçoit comme un pantin de la communauté internationale. » De fait, assure-t-on du côté de la présidence, « Beriziky a le soutien inconditionnel de l’Union européenne et des Nations unies ». À tel point qu’il est désormais considéré comme « un deuxième homme fort » au sein de la transition. Depuis cet incident, Rajoelina et ses partisans multiplient les tacles. Un jour, en public, le président tonne : « Si certains responsables ne se sentent pas capables d’accomplir leur mission, qu’ils démissionnent. » Dans la foulée, Harry Laurent Rahajason, le ministre de la Communication, qui est également le chargé de communication de la présidence, attaque celui qui est censé être son patron au sein du gouvernement : « [Beriziky] affirme que la feuille de route est son patron. Partout dans le monde, c’est le président qui est et reste le chef du Premier ministre. » 

Coup monté

Un autre jour, les services de sécurité de la présidence saisissent, au cours d’une opération inédite (et curieuse), des dizaines de rondins de bois de rose dans le Nord-Est. La présidence pointe du doigt le Premier ministre, qui dirige aussi le portefeuille de l’Environnement et qui est censé mener la lutte contre ce trafic juteux. L’entourage de Rajoelina parle « d’une faute ». Les proches de Beriziky dénoncent « un coup monté ».

Dernier épisode en date : après qu’un cyclone a dévasté le sud du pays fin février, le président s’en est pris une nouvelle fois à Beriziky. Dans un communiqué, Rajoelina dit attendre « du gouvernement, et notamment du Premier ministre, des réactions et actions rapides », et dénonce « les tergiversations » de ce dernier. On est loin de l’union sacrée qui prévaut généralement dans ce genre de situation. « Tout est bon pour délégitimer Beriziky », déplore notre ministre. « Ce qui est en jeu, croit savoir un éditorialiste proche du pouvoir, ce sont les prochaines élections. » Rajoelina, qui ne se présentera pas à la magistrature suprême mais entend placer ses hommes dans la perspective d’un retour en 2018, « voulait que les législatives soient organisées avant la présidentielle, prévue en juillet. Mais Beriziky, qui se fie toujours à la feuille de route, s’y est fermement opposé », tout comme la commission électorale. Dans l’entourage de Rajoelina, on nie cette lecture. « Le président est juste pressé d’aller aux élections et il a l’impression que le Premier ministre fait traîner les choses », souligne un de ses proches.

Un autre de ses collaborateurs soupire : « Si on pouvait obtenir sa tête… » Avant de reconnaître qu’un tel scénario « extra-feuille de route » risquerait une fois de plus de replonger la Grande Île dans l’impasse.

Eux aussi ont été Premier ministre sous la transition

  • Roindefo Monja, de mars à octobre 2009 : fils du nationaliste Jaona Monja, il était aux côtés d’Andry Rajoelina lors des manifestations anti-Ravalomanana début 2009. Il est aujourd’hui dans l’opposition.
  • Eugène Mangalaza, d’octobre à décembre 2009 Universitaire proche de l’ex-président Ratsiraka, il avait été nommé à la suite d’un accord entre les principales mouvances. Depuis, il se fait discret.
  • Camille Vital, de décembre 2009 à octobre 2011 Militaire, il fut choisi par Andry Rajoelina de manière unilatérale. Toujours loyaliste, il pourrait être « son » candidat à la prochaine élection.

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