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Diplomatie

Tchad : la Cen-Sad est morte, vive le Cen-Sad

Lors du sommet extraordinaire de la Cen-Sad, le 16 février. © Brahim Adji/AFP

À N’Djamena mi-février, la Communauté des États sahélo-sahariens a tourné la page Kadhafi. Avec un traité refondateur et un nouveau leadership, que le président tchadien semble tout disposé à assumer.

Quinze ans après sa création à Tripoli et alors qu’elle était entrée en hibernation depuis 2011 – anesthésiée par la crise libyenne, puis paralysée par la mort de Mouammar Kadhafi –, la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) se « remet à flot », selon les termes d’Idriss Déby Itno, son président en exercice. S’il est en effet un peu tôt pour savoir quand aura lieu le prochain sommet (prévu au Maroc et qui marquera l’entrée en vigueur du nouveau traité), comment les États membres vont jouer le jeu avec des règles désormais révisées ou quelle sera leur capacité à résoudre les problèmes régionaux, le sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement qui s’est tenu à N’Djamena le 16 février a voulu officialiser la renaissance de l’organisation. Dans un contexte sous-régional perturbé, avec un traité révisé et de nouvelles instances, l’organisation ne devrait en tout cas pas chômer.

« Le premier point marqué par le Tchad est d’avoir pu réunir 24 délégations sur les 28 États que compte la Communauté. De ce point de vue, on peut dire que le sommet de N’Djamena est une réussite car on n’avait jamais enregistré une telle participation du temps de Kadhafi, même si ce dernier y mettait les moyens », remarque un observateur ouest-africain habitué des rencontres de la Cen-Sad. Ce sommet refondateur a en effet réuni dix chefs d’État autour d’Idriss Déby Itno – dont ses homologues mauritanien, malien, ivoirien, burkinabè, sénégalais et soudanais –, ainsi que nombre de chefs de gouvernement, parmi lesquels Ali Zeidane, le Premier ministre libyen. Il faut dire que, dans un contexte marqué par l’intervention internationale au Mali, la réunion de N’Djamena était l’occasion de nombreux apartés. Vu les importants défis sécuritaires et socioéconomiques auxquels doit faire face l’organisation, qui s’étend de l’océan Atlantique à la mer Rouge – et regroupe des pays membres de quatre blocs régionaux : l’Union du Maghreb arabe (UMA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) en Afrique de l’Est –, il y avait matière à échanger.

Léthargie

Le traité signé à N’Djamena le 16 février est l’aboutissement d’un processus engagé en juillet 2010 au 12e sommet de l’organisation, déjà dans la capitale tchadienne. La décision avait été prise de restructurer les organes de la Cen-Sad pour la rendre plus efficace. Il s’agissait notamment de lui permettre de s’adapter aux évolutions de la conjoncture sociopolitique, en particulier aux problèmes touchant le corridor sahélo-saharien (raison d’être initiale de l’organisation) : montée en puissance d’éléments jihadistes dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ; prolifération des armes légères, des trafics en tout genre et de la criminalité organisée ; instabilité générée par les rébellions, notamment des Touaregs ; insécurité alimentaire…

Mais entre-temps, il y a eu la crise libyenne. C’est donc finalement fin janvier 2012, à l’initiative du Tchad, qu’une première rencontre des chefs de la diplomatie a eu lieu à Addis-Abeba, en marge du sommet de l’Union africaine (UA). Pour élaborer le projet de traité révisé qui vient d’être adopté par les chefs d’État à N’Djamena, une réunion ministérielle a eu lieu, du 27 au 29 février 2012, à Ouagadougou, suivie par une session extraordinaire du Conseil exécutif, du 9  au 12 juin, à Rabat. Parallèlement, les nouvelles autorités libyennes ont aidé à retaper le siège de l’organisation à Tripoli et libéré ses avoirs pour permettre au personnel qui n’avait pas pu quitter le pays pendant la guerre d’être payé et de reprendre le travail.

S’il faudra du temps et « au moins quinze ratifications [nécessaires à l’entrée en vigueur du traité révisé, NDLR] pour sortir la Cen-Sad de sa léthargie », selon le président Déby, le texte fixe de nouveaux objectifs et de nouvelles règles de fonctionnement. Le siège de la Cen-Sad restera en Libye, mais les États membres devront désormais cotiser à parts égales (alors que l’institution vivait auparavant sous perfusion libyenne). Le traité redéfinit l’espace sahélo-saharien et ses limites, et crée deux organes permanents auprès du secrétariat général, dont l’intérim reste assuré par le diplomate nigérien Ibrahim Sani Abani.

Le premier d’entre eux, le Conseil permanent de paix et de sécurité, sera le porteur des initiatives de la région auprès du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, voire au-delà. L’exemple malien y incite. « Nous ne pouvons nous complaire dans cette incapacité à assurer notre propre sécurité un demi-siècle après nos indépendances. Aussi avons-nous l’impérieuse nécessité de mutualiser nos efforts pour faire face à tous les périls. Alors, nous serons moins vulnérables », a lancé Idriss Déby Itno à ses homologues à la clôture de la réunion.

Autre nouvelle instance, le Conseil permanent chargé du développement durable sera saisi des questions liées, entre autres, à l’avenir du lac Tchad, la préservation du bassin du Niger ou la lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté, notamment dans les régions qui ont été occupées par les groupes terroristes… Dans ce domaine aussi, les chantiers à mener sont énormes.

Adoum Younousmi, maître de cérémonie

À événement exceptionnel, fonction inédite. Le 13 février, Adoum Younousmi, qui avait succédé en mai 2012 à Mahamat Saleh Annadif au poste de secrétaire général de la présidence, a été nommé ambassadeur chargé de la préparation du sommet de l’Union africaine (UA) qui se tiendra à N’Djamena en 2015. Le pays, qui s’est par ailleurs porté candidat à un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies (l’élection aura lieu en octobre prochain) et à l’accueil des Jeux de la Francophonie en 2017 (lire p. 113), mise sur la réussite de ce sommet de l’UA pour couronner sa « diplomatie de paix » et asseoir son image de parfait organisateur. Ingénieur de formation, président du comité d’organisation du cinquantenaire de l’indépendance (célébré en janvier 2011) et ex-ministre des Infrastructures et des Transports, Adoum Younousmi, 51 ans, a les compétences, l’expérience et le carnet d’adresses pour mener à bien cette très stratégique mission. Avec rang et prérogatives de ministre, il devra veiller à ce que tout soit prêt à N’Djamena, notamment les deux grands hôtels (un Hilton et un autre établissement financé par l’État) en cours de construction sur les bords du fleuve Chari, ainsi que le centre de conférences international. M.N.

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