Société

COP27 : l’appel de Sameh Shoukry à passer enfin de la parole aux actes

À l’approche de la Conférence des Nations unies sur le climat, prévue du 6 au 18 novembre prochain à Charm el-Cheikh, en Égypte, son président, le ministre égyptien des Affaires étrangères, exhorte les dirigeants des pays riches à tenir leurs promesses de financement afin de réparer les injustices subies par les pays du Sud.

Mis à jour le 22 septembre 2022 à 10:00
Sameh Shoukry

Par Sameh Shoukry

Président désigné de la COP 27 et ministre égyptien des Affaires étrangères.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shokry, assiste à une réunion avec son homologue russe dans la capitale Le Caire, le 24 juillet 2022. © Russian Foreign Ministry/AFP

Le coût humain du changement climatique est dévastateur, en particulier pour les populations des pays en développement africains, qui en sont les moins responsables. Entre stress hydrique, sécheresse et inondations, l’Afrique subit de plein fouet les conséquences du changement climatique.

Situé au large de la côte orientale du continent, Madagascar est ainsi devenu le premier pays au monde à connaître une famine due uniquement aux effets du dérèglement climatique. Ce ne sera certainement pas le dernier.

À Lire Inondations, sécheresses, montées des eaux… Ce que le rapport du Giec dit sur l’Afrique

Injustice climatique patente

D’ici à 2050, des famines chroniques toucheront quelque 78 millions de personnes, dont plus de la moitié en Afrique. Les enfants de la Corne du continent subissent déjà l’une des pires catastrophes humanitaires d’origine climatique depuis quarante ans. Avec des niveaux de financement parmi les plus bas jamais enregistrés, la communauté humanitaire mondiale est incapable de répondre aux besoins.

L’Afrique n’émet aujourd’hui que 4 % des gaz à effets de serre, mais elle souffre de l’action – ou de l’inaction – des autres parties du monde. Plus encore, on demande aux pays africains de dépenser environ 2 à 3 % de leur PIB chaque année pour résoudre un problème qu’ils n’ont pas créé. C’est une injustice climatique patente.

À Lire Climat : la colère de Macky Sall, Félix Tshisekedi et Nana Akufo-Addo contre les Occidentaux

Tous les pays, riches et pauvres, doivent s’adapter au changement climatique. Mais nous devons également lutter pour une justice climatique fondée sur l’égalité et l’équité, en examinant les données scientifiques, les faits et les chiffres. Cette lutte doit être guidée par les principes de responsabilité commune, selon les moyens respectifs de chaque pays, tel qu’énoncé par l’Accord de Paris.

Il est décourageant de constater aujourd’hui que seuls 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables au cours des deux dernières décennies ont été réalisés sur le continent africain. L’investissement dans l’énergie propre est essentiel pour que l’Afrique atteigne ses objectifs de développement et passe à un nouveau modèle économique durable : 60 millions d’Africains n’ont pas accès à l’énergie et  environ 900 millions n’ont pas la possibilité d’utiliser une énergie « propre » pour faire la cuisine ou se chauffer.

Bien gérer la transition

Trouver des solutions permettant de palier le changement climatique n’est pas une mission que nous pouvons remettre à plus tard. Dans huit des dix pays les plus vulnérables au changement climatique en Afrique, 60 % de la population évolue dans le secteur agricole – plus sensible qu’aucun autre aux variations du climat – ce qui engendre des exodes massifs. D’ici à 2050, il est prévu que nous assisterons au déplacement et à la migration de plus de 85 millions de personnes fuyant la famine et la sécheresse dans l’espoir de trouver une vie meilleure.

Avec le soutien des gouvernements africains, la présidence de la COP 27 vise à atteindre un résultat qui ne laisse personne de côté, à travers une perspective de transition juste.

À Lire L’Occident, le pétrole et nous – Par Stéphane Ballong

Il est important que l’Afrique continue de se concentrer sur ses objectifs. C’est maintenant à nous de définir la voie à suivre et de gérer la transition, en mettant l’accent sur la réduction des émissions et la résilience.

Lors de la COP15 à Copenhague, il y a plus de douze ans, les pays les plus riches ont promis 100 milliards de dollars chaque année, de 2020 à 2025, pour aider les pays en voie de développement à s’adapter et à prendre également des mesures d’adaptation ambitieuses. Ces engagements n’ont pas été tenus, et le financement promis ne sera probablement pas versé avant 2023.

Promesses creuses

Ce retard dans les engagements, qui vient s’ajouter au ralentissement de la transition vers une économie décarbonée, rend les objectifs de l’Accord de Paris de plus en plus difficiles à atteindre. Il est urgent d’en renforcer la mise en œuvre si l’on veut que les promesses du passé ne deviennent pas des promesses creuses. Nous devons nous concentrer sur la tâche à accomplir, malgré les vents contraires à l’échelle mondiale. Les nations du monde peuvent démontrer à Charm el-Cheikh qu’en respectant leurs engagements, elles augmentent notre ambition collective et font avancer l’agenda mondial sur le climat.

À Lire Biodiversité : l’appel de Mahamadou Issoufou et Ellen Johnson Sirleaf pour contrer le désastre environnemental

Aujourd’hui, les Africains souffrent. Malgré les promesses successives et répétées, le financement de l’adaptation climatique pour le continent n’est pas au rendez-vous. Lors de la COP27, du 6 au 18 novembre prochains, à Charm el-Cheikh, nous aurons une chance historique – peut-être la dernière – de passer enfin de la parole aux actes, de réparer cette injustice. Nous nous devons de la saisir, et de montrer la détermination de l’Afrique et du monde à livrer ce combat ultime.