Politique

Soudan : et si Omar el-Béchir prenait sa retraite…

| Par Jeune Afrique
Le président soudanais Omar el-Béchir, le 6 mars 2012 à Doha.

Le président soudanais Omar el-Béchir, le 6 mars 2012 à Doha. © AFP/Archives

Vingt-quatre ans, ça suffit. Fin mars, le président soudanais, Omar el-Béchir, a annoncé qu’il quitterait le pouvoir en 2015. Encore faut-il qu’il tienne parole !

Plusieurs fois déjà, il a prétendu vouloir abandonner la fonction présidentielle. Au pouvoir depuis 1989, Omar el-Béchir a déjà laissé entendre que, s’il restait, c’était pour répondre aux demandes pressantes de son parti, le Parti du congrès national (NCP). Alors faut-il croire le président soudanais quand, à 69 ans, il annonce que, cette fois-ci, c’est la bonne, et que ce quinquennat est son dernier ?

Tout est parti d’une interview publiée le 20 mars par le quotidien qatari Al-Sharq. « Le peuple soudanais a besoin de sang neuf et d’un nouvel élan pour continuer ce qui a été commencé », y déclare El-Béchir, assurant qu’il ne sera pas candidat à sa succession en 2015. Une annonce surprenante qui a aussitôt relancé les rumeurs sur son état de santé : en août 2012, il a subi une opération de la gorge au Qatar. En novembre de la même année, il a de nouveau été opéré, mais en Arabie saoudite cette fois, et, selon une source proche de la présidence soudanaise, il y serait retourné en mars dernier pour de nouveaux examens.

El-Béchir n’a pas caché, ces derniers mois, qu’il éprouvait une certaine lassitude à l’égard de cette fonction qu’il a toujours prétendu ne pas désirer – ce qui ne l’a pas empêché de mener un coup d’État en 1989 et de se faire élire à trois reprises, en 1996, 2000 et 2010. Politiquement affaibli par la sécession du Soudan du Sud, en juillet 2011, il a paru vouloir ressusciter une forme d’unité nationale dans un pays en proie à de nombreuses rébellions, en proclamant notamment, le 1er avril, la libération de tous les prisonniers politiques. Un geste qui, comme l’annonce de son départ, a donné lieu à des interprétations contradictoires. « La santé du chef de l’État n’explique pas tout, indique Roland Marchal, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), spécialiste du Tchad et du Soudan. Au sein du NCP, il y a une volonté de changer de génération. El-Béchir n’est pas un monarque absolu et il est obligé d’en tenir compte. Mieux : s’il anticipe et s’il part avant qu’on le lui demande, il sortira par la grande porte. Cela pourrait lui octroyer une forme de protection politique pour l’avenir. »

Le président soudanais, le 1er avril à Khartoum.

Le président soudanais, le 1er avril à Khartoum.

© AFP

Renouveau

Des consultations seraient d’ores et déjà en cours au sein de l’état-major du parti afin de lui trouver un éventuel successeur. Pas facile… Les personnalités qui ont la carrure pour prendre la relève sont trop liées au régime pour incarner un vrai renouveau. Elles sont aussi trop âgées, à l’instar du vice-président Ali Osmane Taha (malade lui aussi), ou de Nafie Ali Nafie, tout-puissant conseiller d’El-Béchir. Le NCP devra en outre s’assurer que son candidat est suffisamment populaire pour être élu, et suffisamment islamiste pour être approuvé par les cadres du parti.

Et que deviendrait El-Béchir ? Depuis mars 2009, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Serait-il plus vulnérable s’il devait quitter le pouvoir ? « Il est inculpé, mais il n’a pas encore été déclaré coupable, répond Roland Marchal. Il n’est même pas sûr que le dossier contre lui soit suffisant. Et même si c’était le cas, il y a très peu de chances qu’il soit un jour jugé. Il pourra toujours se rendre en Arabie saoudite ou en Chine, des pays qui sont hostiles à la CPI. »

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