Économie

Pourquoi les engrais sont devenus trop chers pour l’Afrique

Produisant peu d’engrais sur son sol, le continent demeure dépendant des importations venant notamment de Russie et d’Ukraine. Avec la guerre qui a éclaté entre les deux pays, l’approvisionnement de nombreux pays africains tourne au casse-tête. Décryptage en infographies.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 30 septembre 2022 à 13:15

Comme les matières premières et l’énergie, les engrais ont vu leur prix flamber ces derniers mois. © Montage JA : Jesus Serrano Redondo/ICRC.

Six milliards de dollars. C’est le montant que la banque africaine d’import-export (Afreximbank), institution panafricaine de financement du commerce, débloquera pour « renforcer la sécurité alimentaire » du continent. Une enveloppe qui doit servir à l’achat de produits alimentaires, de matières premières… mais aussi d’engrais.

À Lire Engrais : cinq questions pour comprendre l’impact de l’envolée des prix

Cette annonce intervient après plusieurs autres du même type. La Banque africaine de développement (BAD) s’est engagée à livrer 500 000 tonnes d’engrais en Afrique de l’Ouest. L’Agence américaine pour le développement international (Usaid) a promis 2,5 millions de dollars au Ghana pour l’aider à acheter ses intrants. Le secteur privé n’est pas en reste : le géant marocain OCP doit mettre à disposition 550 000 tonnes d’engrais (180 000 tonnes sous forme de don, 370 000 vendues à prix réduit) quand ses concurrents Yara et Ulrachem ont aussi fait des gestes.

Pire qu’en 2008

Cette mobilisation témoigne des difficultés rencontrées par le continent pour assurer son approvisionnement en engrais, indispensables à la production pour l’export mais aussi, aux cultures vivrières. Comme les matières premières et l’énergie, les engrais ont vu leur prix flamber ces derniers mois, conséquence de l’effet conjugué de la pandémie de Covid-19, de la hausse mondiale du coût du fret et plus récemment, de la guerre en Ukraine.

À Lire Patisen, Coris, Dangote : le secteur privé à la conquête de la souveraineté alimentaire africaine

Cet épisode difficile, avec des prix pour certains engrais dépassant les pics atteints lors de la dernière crise alimentaire mondiale de 2008, incite à repenser la stratégie africaine, régionale et nationale en termes de fourniture d’intrants. Plusieurs mesures clés, déjà identifiées par le passé, sont mises en avant, requérant l’action conjointe des décideurs publics et du monde entrepreneurial.

Achat groupé

Outre la constitution de stocks stratégiques, il est crucial d’encourager le secteur privé à investir dans la production locale d’engrais et de moderniser les procédures publiques d’achat pour gagner en réactivité. Constitution d’une cartographie des sols, révision des mécanismes de subvention des engrais, création de dispositifs d’achats groupés au niveau régional, mais aussi investissement dans la formation et les bio-engrais font partie des autres solutions avancées.

Quelle est l’ampleur de la crise ? Pourquoi les pays africains, et en particulier ouest-africains, sont-ils touchés ? Qui peut tirer son épingle du jeu ? Éléments de réponse en infographies.