Économie

Air Sénégal : entre Dakar et Lyon, le vol « maudit »

Après l’interruption de leur vol, les passagers ont tenté de finir leur trajet dans un bus qui a pris feu. Une série d’avaries en cascade qui survient au moment où la compagnie aérienne enchaîne les déconvenues.

Mis à jour le 12 septembre 2022 à 15:23
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Les Africains qui ont connu les années 1990 sont habitués aux compagnies aériennes surnommées « Air peut-être ». Et le Sénégal n’échappe toujours pas à la règle. Il y a les avions qui partiront « peut-être », comme en avril dernier, ceux de l’aéroport international Blaise-Diagne de Dakar confrontés à l’indisponibilité de kérosène. Et il y a les avions partis qui, eux, arriveront « peut-être » à bon port et à l’heure prévue. Des voyageurs partis de Dakar entendaient bien atterrir à Lyon (centre-est de la France) ce dimanche, même si certains superstitieux évitent d’emprunter les airs à la date anniversaire du 11-septembre…

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C’était sans compter sur des imprévus que les services de communication d’Air Sénégal ont qualifiés pudiquement de « contraintes opérationnelles ». Le vol devait être direct, il a finalement été écourté, avec Marseille (Sud-Est) comme terminus. La quarantaine de voyageurs impactés se sont alors vus proposer une fin de trajet… en bus. Mais là encore, survient une avarie : vers 15 h, un pneu éclate, le car de tourisme prend feu sur l’autoroute A7, à proximité de la ville de Valence (à 100 km de Lyon), les passagers se réfugient derrière la glissière de sécurité, avant d’embarquer dans un véhicule affrété par l’assistance. Aucun blessé n’est à déplorer.

Toujours pudique et énigmatique, le community manager d’Air Sénégal précise – on s’en serait douté – que les vols « Marseille-Lyon et Lyon-Dakar HC427 » ne sauraient être « effectués selon le programme habituel »…

Mauvaise publicité

Déveine sur déveine ? Il y a moins de deux semaines, un Airbus A310 de la même compagnie heurtait un camion sur le tarmac de l’aéroport de Barcelone. À chaque épisode rocambolesque, les responsabilités méritent d’être situées – la compagnie accusa les agents de service au sol de l’aéroport catalan –, mais le domaine de l’aviation est à ce point sensible, en matière de sécurité, que les prospects ne peuvent qu’y lire une mauvaise publicité.

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Après la mésaventure Dakar-Marseille-Valence-Lyon, les questions fusent d’autant plus que la situation économique d’Air Sénégal ressemble elle-même à une zone de turbulence en plein vol. À la fin du mois d’août, un conseil d’administration aurait annoncé un déficit de 60 millions d’euros, des dettes colossales et une situation de cessation de paiement à laquelle la compagnie aérienne n’aurait échappé que grâce à une intervention politique au plus haut niveau de l’État.

Il est peu probable que la gouvernance d’une compagnie sénégalaise ait fait éclater un pneu sur une autoroute drômoise, mais les clients d’Air Sénégal ont besoin d’être rassurés. Alors, à vos rames, messieurs les champions des relations publiques…