Société

Chine : au pays de l’enfant-roi

| Écrit par Sébastien Le Belzic, à Pékin
la plupart des enfants chinois suivent dès 4 ans des cours particuliers.

la plupart des enfants chinois suivent dès 4 ans des cours particuliers. © AFP

Conséquence directe de la politique de l’enfant unique, de nombreux parents sont obsédés par la réussite sociale de leur rejeton, qu’ils rêvent de transformer en singe savant.

Dans un pays où l’argent est dominant, mieux vaut se former à la finance très tôt. C’est l’ambition que s’assigne l’école privée de Chengdu, dans le sud-ouest du pays, qui propose un « mini MBA » (Master of Business Administration) aux enfants à partir de 7 ans. Coût de deux années de formation : 7 500 euros. Clientèle visée : les princes rouges en culottes courtes et les rejetons de millionnaires. « Nous avons défini un quotient financier, explique Fang Yuan, la directrice, qui mesure la capacité de l’élève à appréhender les questions financières. Il est à l’argent ce que le quotient intellectuel est à l’intelligence. »

Quatre enseignants britanniques ont été recrutés, et quarante bambins inscrits. Les cours – trois heures par semaine – prennent la forme de jeux afin de ne pas rebuter les plus petits. Mais la notion d’argent y est omniprésente. « Nous leur apprenons par exemple à faire une liste de courses, à gérer un budget. Il est important de leur faire comprendre qu’une brosse à dents peut parfois se révéler plus utile qu’un diamant », commente un enseignant. Cette obsession pour l’argent à un âge aussi tendre n’est-elle pas malsaine ? « Non, ces enfants seront très vite appelés à gérer leur fortune, il faut leur donner les outils dont ils auront besoin. » La Chine comptant déjà 1 million de millionnaires en dollars, le marché est immense.

7 500 euros pour deux ans d’études. La clientèle ? Des princes rouges en culottes courtes.

Compétition

Au-delà même de la finance, la plupart des enfants chinois suivent dès l’âge de 4 ans ou 5 ans des cours particuliers dans à peu près toutes les matières : piano, violon, anglais, mathématiques… « La compétition est rude, nous explique une maman dont la fillette termine ses journées vers 22 heures, après quatre heures de cours particuliers. Il faut qu’elle sorte du lot pour pouvoir entrer dans une grande université et trouver un travail bien rémunéré. » Un récent sondage publié par le Quotidien du peuple révèle que plus de 70 % des parents ont comme principale préoccupation d’« apprendre à leur enfant à reconnaître les caractères chinois, à réciter des poèmes et à parler l’anglais ».

La politique de l’enfant unique a fait de la Chine le pays de l’enfant-roi. Ces petits empereurs ultrachoyés portent les rêves d’ascension sociale de toute une famille et n’ont pas vraiment le temps de rêvasser. Aux parents qui hésitent sur l’orientation scolaire de leur bambin, le Palais des enfants de Chongqing, dans l’ouest du pays, propose des stages à 1 000 euros la semaine destinés à évaluer leurs « talents naturels » : test ADN, test d’aptitude physique, évaluation du quotient intellectuel…

« La situation en Chine est très différente de celle qui prévaut dans les pays occidentaux, commente Yang Yangqing, directeur technique du Palais des enfants. Ici, il n’y a souvent qu’un enfant par famille. Les parents se concentrent donc sur son éducation et investissent énormément sur lui. »

Suicides

À l’intention de quelques centaines d’heureux élus, rejetons des familles les plus riches et les plus influentes, des filières de formation ont été mises en place par la Fédération chinoise de l’industrie et du commerce, un organisme d’État. Des cours d’économie y sont dispensés tous les ans en juillet par les plus célèbres universitaires du pays. Prix : 500 euros par jour.

Mais la pression est souvent trop forte : entre 250 000 et 300 000 adolescents se suicident chaque année – chiffres en constante augmentation. « Obsédés par la réussite sociale, de nombreux parents « oublient » de laisser leurs enfants… se comporter comme des enfants, explique Lan Hai, un psychologue. Ils prennent ainsi le risque de brider leur imagination, d’étouffer dans l’oeuf leur créativité. C’est grave ! »

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