Économie

Ade Ayeyemi (Ecobank) : « Les vies numérique et financière des consommateurs sont désormais liées »

Alors qu’approchent ses derniers moments à la tête du groupe qu’il a rejoint en 2015, le patron de la banque panafricaine livre sa recette en matière de transformation numérique et détaille sa vision du futur de la finance et de la tech sur le continent.

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Mis à jour le 23 septembre 2022 à 11:20

Après sept ans à la tête du groupe Ecobank, le Nigérian Ade Ayeyemi va tirer sa révérence. © Guilhem Alandry/Documentography pour JA

En sept ans, sous l’impulsion d’Ade Ayeyemi – son actuel directeur général sur le départ et dont le remplaçant est le Kényan Jeremy Awori, comme l’a dévoilé Africa Business+ le 8 septembre et confirmé le groupe quatre jours plus tard –, Ecobank Transnational Incorporated a multiplié les lancements de produits financiers numériques. Au fil de l’eau, Ecobank Mobile App (2016), CashXpress (retraits et paiements via un agent bancaire ou via un jeton électronique au guichet, sans carte bancaire, en 2016) Rapidtransfer App (transferts de la diaspora, en 2017), Omni Lite (destinée aux PME, 2018) et Omni Plus (grandes entreprises, en 2019) sont venus s’ajouter à la plateforme de banque en ligne dénommée tout simplement Omni, en 2015.

Les effets cumulés de ces différents services – complétés par des partenariats avec les opérateurs télécoms MTN et Airtel, des services de paiement comme Alipay et Palm Pay et les opérateurs de transferts de fonds Western union, RIA et Money Gram – sont désormais plus apparents dans les résultats de la banque. À la fin de 2021, les paiements représentaient 12 % de ses revenus, soit environ 208 millions de dollars, en progression de près de 25 % sur un an. À la mi-2022, la banque revendiquait près de 14 millions de clients numériques, soit plus que le volume total de sa clientèle en 2015.

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Si l’idée la plus souvent associée à son parcours professionnel – à Ecobank comme durant ses trois décennies à Citi – est une stricte attention aux coûts, Ade Ayeyemi rappelle souvent qu’il était chargé à la fois « des opérations et de la technologie » pour l’Afrique au sein de la banque américaine. « J’ai fait mes classes du côté du développement des applications et j’ai très bien compris comment utiliser la technologie pour développer un modèle commercial qui nous permet de réussir », répond-il aux curieux. Alors qu’il entame la dernière ligne de ses années à la tête d’Ecobank, atteint par l’âge limite de retraite de 60 ans, le dirigeant nigérian a accepté de revenir pour Jeune Afrique sur cet aspect de son bilan ainsi que sur le futur de la banque numérique, associant à l’entretien deux de ses collaborateurs œuvrant à la transformation numérique de l’établissement panafricain, le Nigérian Tomisin Fashina, directeur des opérations et de la technologie, et le Sénégalais Abdoul Aziz Faye, directeur des systèmes d’information.

Jeune Afrique : Vous avez récemment annoncé que la valeur des transactions réalisées à travers l’ensemble des outils numériques du groupe avaient augmenté de 10,5 milliards de dollars sur un an, pour atteindre 39,1 milliards de dollars durant les six premiers mois de cette année. Des chiffres qui ont surpris, Ecobank n’étant pas nécessairement perçu comme un acteur à la pointe du numérique sur le marché. Pensez-vous que cet aspect de l’évolution de la banque – comparé par exemple à la réduction des coûts ou du nombre d’agences – ait été sous-valorisé ? Et comment avez-vous organisé cette transformation ?

Ade Ayeyemi : Lorsque j’ai rejoint la banque, en 2015, nous avons fait le point sur nos actifs numériques, pour voir s’ils étaient adaptés à notre intention stratégique – atteindre les habitants sur notre continent, à travers de multiples canaux, de manière efficace. Nous nous sommes donc concentrés sur le renforcement de notre filiale technologique pour permettre une transformation numérique très dynamique. Notre filiale technologique opère depuis le Ghana, où elle exporte des services vers le reste des pays où nous sommes présents. Nous avons également compris qu’il était important de disposer de centres de données d’envergure internationale – avec un data center principal à Accra et un centre de secours à Lagos – dotés d’une connectivité de classe mondiale ainsi que d’un cloud privé qui permette les interactions et la surveillance de nos opérations.

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