Société

Le paradis perdu des Suédoises

Mis à jour le 6 mai 2013 à 13:50
Fawzia Zouari

Par Fawzia Zouari

Jusque-là, je croyais que les Suédoises étaient les femmes les plus choyées et les plus heureuses sur terre. Ne l’est-on pas quand on bénéficie du même statut légal, des mêmes pouvoirs et des mêmes libertés que les hommes ? Et voilà qu’on m’annonce le contraire : « La haine des femmes ébranle la Suède », titre le quotidien français Le Monde dans son édition datée du 21 mars. Je tombe de haut. Dans ce paradis de houris au regard azur on détesterait le sexe féminin ? Comme en terre d’islam ? Comme chez les Arabes et les Afghans ? Bienvenues au club, les filles !

Mais, d’abord, dites-moi, de quoi souffrez-vous au juste ? « Des messages de haine et des agressions verbales à caractère sexuel subies sur internet », répond Asa Linderborg. Dans un éditorial publié le 20 décembre 2012, la journaliste du quotidien Aftonbladet raconte que les menaces qu’elle a reçues après la diffusion d’une série d’enquêtes sur l’extrême droite lui ont valu d’être placée sous protection policière. À cela vient s’ajouter, entre autres, le témoignage d’une adolescente qui a reçu des milliers de mails injurieux pour avoir protesté sur son compte Facebook contre un tee-shirt de H&M à l’effigie du rappeur américain Tupac, condamné pour agression sexuelle. Bon, une insulte, ce n’est quand même pas une lapidation !

Sauf que le problème paraît plus sérieux dès qu’on en cherche les causes profondes. Le chômage, la mondialisation, le sentiment d’être abandonné par l’establishment, explique poliment Asa Linderborg. Elle évoque également la droitisation galopante du pays. Mais nulle part elle ne met en cause l’immigration ou l’islam. Pourtant, elle avance qu’un nouveau degré de violence a été franchi depuis Anders Behring Breivik (l’auteur des tueries d’Oslo et d’Utoya qui ont fait 77 morts en 2011, principalement des jeunes sociaux-démocrates qualifiés de « traîtres » en puissance). Quand on sait que le même Breivik a justifié ses attentats par une « croisade » contre l’islam, s’enorgueillissant de lutter pour empêcher les mahométans d’envahir l’Europe, on ne peut plus esquiver : l’antiféminisme naissant en Suède est dû à l’offensive d’une droite nationaliste motivée par son opposition au radicalisme musulman, voire à l’islam. Dans l’absolu, ce n’est pas la droite qui libère la parole antifemmes ; c’est la peur de l’islamisme qui pousse à faire feu de tout bois, y compris contre des Suédoises qui n’en sont pas les relais.

On n’est pas sortis de l’auberge, me direz-vous. Mais deux conclusions se dégagent : les nationalistes scandinaves qui affirment détester l’islam pour sa misogynie tombent dans le même travers et finissent par se comporter comme des barbus ; l’islamisme ne fait pas des victimes qu’en terre d’islam : il met à l’épreuve le féminisme occidental dont la défense et l’illustration nous ont été données à travers le modèle suédois. Eh oui ! C’est comme ça, n’hésitons pas à appeler un chat un chat.