Politique

Sénégal : Bibo Bourgi, un fidèle en eaux troubles

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Mis à jour le 6 mai 2013 à 09:12

Incarcéré depuis le 17 avril malgré un état de santé préoccupant, l’homme d’affaires d’origine libanaise Bibo Bourgi, alias Ibrahim Aboukhalil, est soupçonné par la justice sénégalaise d’être le principal homme de paille de Karim Wade.

Selon l’un de ses avocats, il serait « en danger de mort ». Depuis le 17 avril, Bibo Bourgi, 47 ans, dort à l’infirmerie de la prison centrale de Rebeuss, à Dakar. Selon le certificat médical fourni par son cardiologue, « toute exposition au stress, à une situation d’angoisse ou de contrariété peut le mener à un accident cardiovasculaire » susceptible d’engager son pronostic vital. Depuis près de six mois, Bibo Bourgi a pourtant dû apprendre à vivre sous pression.

Son amitié ancienne avec Karim Wade a mis cet homme d’affaires discret – dont on ne possède aucune photo – à la une des quotidiens. On le soupçonne d’être le principal complice du fils de l’ancien président, accusé par la Cour de répression de l’enrichissement illicite d’avoir dissimulé 1,05 milliard d’euros. Selon Antoine Félix Diome, le procureur adjoint, Bibo Bourgi serait au coeur du « système de sociétés à tiroirs » que Karim Wade aurait mis sur pied en s’appuyant « sur des prête-noms ». Les sociétés officiellement détenues par l’homme d’affaires représentent 38 % du patrimoine attribué à son ami.

Empire

À l’état civil, le businessman s’appelle Ibrahim Aboukhalil. Mais, au Sénégal, on le connaît sous le patronyme de sa mère, issue de l’une des plus illustres familles libanaises du pays. L’une des plus fortunées aussi. Abdou Karim Bourgi, le grand-père de Bibo, s’était lancé dans les affaires dès les années 1930, s’imposant comme le « prince de l’immobilier ». En 1948, il participa au congrès constitutif du Bloc démocratique sénégalais, le parti de Léopold Sédar Senghor, qu’il contribua à financer. Une rue du Plateau, dans le centre-ville de Dakar, porte toujours son nom. À sa mort, il laissa à ses enfants un gigantesque empire immobilier, hôtelier et industriel.

Après des études à l’université Georgetown, à Washington, Bibo revient au Sénégal faire fructifier l’héritage familial tout en développant ses propres affaires. Avec deux axes principaux, l’immobilier et le transit portuaire, et des amitiés très haut placées, susceptibles de le faire bénéficier de quelques passe-droits, puisqu’il est proche à la fois de Karim Wade et du fils de l’ancien président Abdou Diouf, Habib. Au fil des ans, il s’implique dans l’assistance aéroportuaire, créant en 2003, avec son frère Karim, le groupe Menzies Middle East and Africa. Les deux frères, qui ont l’habitude de contrôler paritairement leurs sociétés, investissent dans l’assistance au sol, ouvrant des filiales d’Aviation Handling Services (AHS) dans sept pays africains ainsi qu’en Jordanie.

Suspicion

Mais la proximité de Bibo Bourgi avec Karim Wade éveille la suspicion. Quand celui qui est encore ministre des Transports aériens supervise la création de Sénégal Airlines, fin 2009, son ami intègre le Groupement national des privés sénégalais, qui détient 62 % du capital de la compagnie aérienne. À l’époque déjà, une rumeur insistante laisse entendre qu’il jouerait le rôle d’homme de paille.

Lire : "Que possède Karim Wade, selon la justice ?"

Dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte fin 2012, Bibo Bourgi a été entendu à douze reprises. Les témoignages de plusieurs anciens cadres d’AHS ont attiré l’attention des enquêteurs sur l’influence que Karim Wade exercerait en coulisses sur ses filiales. Selon ses avocats, Bibo Bourgi a pourtant toujours nié « avec la dernière énergie », documents à l’appui, faire office de prête-nom. Aux gendarmes, il aurait lancé : « Je n’ai commis aucune infraction, sinon d’avoir été l’ami d’un homme qui a joué et qui a perdu. »