Politique

Allemagne : Peer le gaffeur face à Angela

Le candidat social-démocrate stagne dans les sondages et multiplie les maladresses. Mais il conserve une chance de l’emporter sur Angela Merkel en septembre. Grâce au système des coalitions.

Par - Gwénaëlle Deboutte, à Berlin
Mis à jour le 6 mai 2013 à 10:51

Peer Steinbrück, candidat du SPD. © AFP

« Je veux être le chancelier d’Allemagne ! » Au congrès extraordinaire du Parti social-démocrate (SPD), à Augsbourg, c’est un Peer Steinbrück remonté à bloc qui a été acclamé par les six cents délégués de son parti. Pourtant, à cinq mois des élections fédérales, la situation pourrait être meilleure. Désigné candidat en septembre 2012, l’adversaire d’Angela Merkel fait jusqu’à présent une campagne désastreuse. Alors qu’il était donné potentiellement vainqueur en 2011, il ne cesse depuis de dégringoler dans les sondages et n’est plus crédité que de 27 % des intentions de vote, quand la chancelière culmine à 41 %.

Il faut dire que ce Hambourgeois de 66 ans n’était que le troisième choix du SPD. Il n’a été désigné qu’à la suite du retrait de Frank-Walter Steinmeier et de celui de Sigmar Gabriel. Économiste de formation, il est issu d’une grande famille prussienne. Réputé excellent orateur, c’est un adepte de la rigueur budgétaire qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts. Il a débuté sa carrière politique en 1978 comme conseiller du chancelier Helmut Schmidt, puis a gravi tous les échelons : ministre-président de Rhénanie-du-Nord – Westphalie (2002-2005), ministre des Finances dans le gouvernement de grande coalition CDU-SPD dirigé par Merkel (2005-2009)…

Clowns

Mais ce père de trois enfants manque aussi de charisme. Et son franc-parler lui joue parfois des tours. Au début de la campagne, il a été épinglé pour ses conférences grassement rétribuées et ses revenus annexes avoisinant le million d’euros par an. Ce qui ne l’a pas empêché quelque temps après de juger le job de chancelier « sous-payé ». En début d’année, il a qualifié les responsables politiques italiens Silvio Berlusconi et Beppe Grillo de « clowns », provoquant une minicrise diplomatique. Enfin, il s’est dernièrement déclaré favorable aux cours de sport non mixtes, déclenchant une nouvelle polémique sur l’intégration des jeunes musulmans. Du coup, les journaux s’interrogent : comment peut-il faire autant d’erreurs en aussi peu de temps ?

Salaire minimum, retraite minimale de solidarité… Le SPD met le cap à gauche !

Alors, au congrès d’Augsbourg, le SPD a tenté de faire table rase de ces errements. Pour contrer Merkel, dont la stratégie est clairement de marcher sur ses plates-bandes sociales, il a effectué un virage à 180 degrés. À gauche toute ! Les sociaux-démocrates promettent de créer un salaire minimum (8,50 euros de l’heure) et une retraite minimale de solidarité (850 euros par mois), mais aussi d’instaurer l’égalité salariale entre hommes et femmes. Leur programme, baptisé « Pour un nouvel équilibre social », prévoit également le relèvement de 44 % à 49 % du plafond d’imposition, la mise en place d’un mécanisme de contrôle de l’augmentation des loyers et la généralisation de la double nationalité. Steinbrück souhaiterait en outre renforcer le contrôle des marchés financiers et interdire la spéculation, notamment sur les matières premières agricoles. Du coup, l’aile gauche du parti se sentirait presque pousser des ailes. Presque. Car la réputation de « candidat millionnaire » et l’ombre de Gerhard Schröder, qui fut à l’origine du controversé Agenda 2010, viennent vite doucher cet enthousiasme.

Reste que la bataille est encore loin d’être perdue. Grâce au système des coalitions. Le SPD ne désespère pas en effet de reconduire son alliance avec les Verts, troisième force politique du pays. La présence au congrès de Claudia Roth, coprésidente du parti écologiste, avait manifestement pour objectif de couper court aux rumeurs persistantes d’une possible alliance desdits Grünen avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel.