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Cet article est issu du dossier «Le Katanga, au-delà des mines»

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Sécurité

Katanga : qui se cache derrière les Kata Katanga ?

Les hommes de Kata Katanga après leur reddition, dans le camp de la Monusco. © Radio Okapi

Le 23 mars, 250 miliciens ont marché jusqu'au coeur de Lubumbashi. S'ils se sont rendus et ont été transférés à Kinshasa le jour même, l'inquiétude demeure.

Le vert, le rouge et le blanc. Trois couleurs pour évoquer la sécession katangaise. Et si on remettait ça ? Rubans tricolores sur la tête, armés de lance-roquettes, de fusils AK-47, de couteaux, de flèches et de lance-pierres, près de 250 miliciens (vieux, jeunes, hommes et femmes) ont marché le 23 mars sur Lubumbashi, déchirant sur leur passage le drapeau national hissé sur la place Moïse-Tshombe – celui qui avait proclamé la sécession de la province en 1960 – pour le remplacer par celui de l’ancien Katanga indépendant.

Ils se réclament de la milice Kata Katanga (« détachez le Katanga », en swahili). À leur tête, un certain Ferdinand Kazadi Ntanda Imena Mutombo, réputé proche de Kyungu Mutanga, alias Gédéon, chef Maï-Maï du Nord-Katanga. Arrêté en 2006 et condamné à mort en 2009 pour crimes contre l’humanité dans le Haut-Katanga, ce dernier est retourné à ses anciennes exactions depuis son évasion de la prison de Lubumbashi, en septembre 2011.

Soupçons

Les Kata Katanga seraient issus d’un autre groupuscule séparatiste, le Congrès progressiste du Katanga (CPK). Selon onze ONG et associations de la société civile de la province, le paradoxe est que les « commanditaires » de ces mouvements sécessionnistes « se recrutent parmi les dignitaires du régime du président Joseph Kabila ».

Elles rapportent dans un document publié au lendemain de l’incursion des miliciens à Lubumbashi que « plusieurs assaillants […] ont avoué que leur chef était en contact direct avec le général John Numbi », ancien chef de la police nationale congolaise suspendu à la suite de l’assassinat du défenseur des droits humains Floribert Chebeya.

Jean-Claude Masangu Mulongo, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, y est également cité comme « l’un de leurs pourvoyeurs », et des soupçons pèsent aussi sur Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, le président de l’Assemblée provinciale du Katanga. Le leader de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec) a dû suspendre les activités de la jeunesse de son parti « pour éviter toute confusion », certains éléments de Kata Katanga arborant des tee-shirts estampillés Unafec lors de leurs attaques dans plusieurs villages de la province.

Peur sur la ville

La situation sécuritaire demeure donc fragile au Katanga, a reconnu le ministre congolais de l’Intérieur, Richard Muyej. Désormais, même les Lushois vivent dans la psychose d’une éventuelle incursion des miliciens, et la tournée dans les différents quartiers de la capitale provinciale du gouverneur, Moïse Katumbi Chapwe, ne suffit pas à rassurer la population. « Nous sommes très inquiets, explique Jonas Kabangu, enseignant dans une école publique. Nous avons vu une colonne de gens armés débarquer dans Lubumbashi sans que les forces de l’ordre ni l’armée ne prennent des dispositions pour leur barrer la route à l’entrée de la ville. »

Dysfonctionnement de services de sécurité ou complaisance ? Kinshasa a dépêché une commission sur le terrain pour enquêter et établir les responsabilités des uns et des autres. « Ceux qui ont failli à leur mission devront être interpellés et sanctionnés », a souligné Richard Muyej. Le général de brigade Ekutshu Azanga, commandant de la 6e région militaire, a été suspendu de ses fonctions.

En attendant, dans le nord de la province, les Kata Katanga et autres milices locales continuent de semer l’insécurité dans les territoires de Mitwaba, Manono, Pweto et Malemba-Nkulu, dans le Haut-Katanga et le Haut-Lomami. Les rapports de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) font état de plusieurs exactions contre les civils commises par ces groupes armés depuis le début de l’année. Dans le collimateur des Maï-Maï : les chefs coutumiers, auxquels ils reprochent d’être des « collaborateurs » du pouvoir central. Fétichistes, certains miliciens du Nord-Katanga sont convaincus que « manger [la] chair [de ces chefs] les rend invulnérables ».

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Par Trésor Kibangula

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