Économie

Cryptomonnaies : Maroc, Cameroun, Nigeria… Binance accélère en Afrique 

Centre de formation, programme de transferts de fonds en monnaie locale, zone franche virtuelle… La plus grande plateforme d’échanges de cryptomonnaies du monde multiplie les initiatives sur le continent.

Mis à jour le 6 septembre 2022 à 17:57

Le Sino-Canadien Changpeng Zhao, dit CZ, PDG et créateur de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance lors de son passage à Dakar le 6 juillet 2022. © Sylvain Cherkaoui pour JA

La plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies du monde renforce sa présence sur le continent africain. Après des annonces concernant l’Afrique du Sud et le Cameroun notamment, Binance a entamé des discussions avec la Nigerian Export Processing Zones Authority (NEPZA) et le hub technologique Talent City pour faire du Nigeria le premier pays d’Afrique de l’Ouest à établir une zone franche virtuelle.

Dans un communiqué publié par les autorités nigérianes le 3 août, Adesoji Adesugba, directeur général de la NEPZA, a expliqué qu’une fois conclu le partenariat permettrait la mise en place d’une zone franche virtuelle similaire à celle de Dubaï, dont le régulateur (VARA), le seul au monde à ce jour pour les actifs virtuels, a annoncé fin août de nouvelles directives réglementaires sur les actifs virtuels.

Mille milliards de dollars

Adesoji Adesugba a également présenté les ambitions de la NEPZA, dans le cadre du programme de développement économique du président Muhammadu Buhari : élargir les frontières des innovations aux opérations et à la gestion des zones franches au Nigeria et dans le reste de l’Afrique. « Notre objectif est de créer des zones franches virtuelles pour tirer parti d’une économie virtuelle de près de mille milliards de dollars dans le domaine des blockchains et de l’économie numérique », a insisté le directeur général de la NEPZA.

Première puissance démographique du continent, le Nigeria mise de plus en plus sur la technologie numérique pour diversifier son économie encore très fortement dépendante du pétrole. Des réglementations pour mieux encadrer l’utilisation des actifs numériques ont ainsi été promulguées cette année, tandis que le Nigeria Exchange prévoit de lancer dès 2023 une plateforme s’appuyant sur la blockchain pour approfondir le commerce boursier.

Le Nigeria, l’une des places les plus dynamiques de la tech africaine, a récemment vu certaines de ses start-up de la fintech telles que Interswitch et Flutterwave affoler les compteurs des levées de fonds : leurs valorisations atteignent respectivement 1 milliard et 3 milliards de dollars.

À Lire Cryptomonnaies : comment Changpeng Zhao (Binance) veut conquérir l’Afrique

Implanté sur le continent depuis 2018 via le une plateforme d’échanges de crypto en Ouganda, Binance, qui traite quotidiennement l’équivalent de 76 milliards de dollars en cryptomonnaies, a multiplié les annonces ces deux derniers mois.

Expansion générale

Dans la foulée de sa première tournée africaine (Côte d’Ivoire et Sénégal) en juillet, son patron, Changpeng Zhao, a effectué un discret voyage au Maroc, au cours duquel il a rencontré Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale du Maroc, ainsi que des représentants du ministère de l’Économie et des Finances, l’Autorité marocaine du marché des capitaux ainsi que des banquiers privés. Depuis le début de 2022, l’exécutif marocain travaille à l’élaboration d’un projet de loi visant à réglementer l’utilisation des cryptomonnaies.

Par ailleurs, courant août, celui que la cryptosphère surnomme « CZ » a annoncé sur ses réseaux avoir rencontré Faustin-Archange Touadéra, le président de la République centrafricaine. Au cœur de leur entretien, « l’éducation, les investissements, le cadre réglementaire et l’adoption de la cryptomonnaie ». Premier pays africain à adopter le bitcoin comme monnaie légale, la Centrafrique avait déclenché l’ire des institutions financières et réglementaires régionales.

Au Cameroun, Binance annonçait fin août le lancement d’un hub entièrement dévolu à la crypto, “unique en son genre” en Afrique, en partenariat avec Inoni Tech, pépinière locale. Le nouveau hub a notamment vocation à ouvrir des sessions d’apprentissage de la blockchain à destination des amateurs de crypto, du débutant au plus aguerri. Une démarche qui fait suite à l’introduction par Binance en Afrique du Sud d’une plateforme de transfert de fonds en rand, la monnaie nationale, dans un contexte où la Nation arc-en-ciel est également sur le point de réguler le secteur des cryptomonnaies. Dans le viseur de Binance pour une prochaine expansion, le Kenya, le Ghana, et l’Égypte, croit savoir la presse spécialisée.

Dans une récente interview à Jeune Afrique, Changpeng Zhao annonçait son intention « d’investir ou d’acquérir » des start-up dans le secteur de la blockchain comme du paiement mobile. Des discussions seraient en cours, selon le milliardaire sino-canadien.