Politique

Libye : l’emprise des milices et des salafistes

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Manifestants réclamant la mise à l'écart des ex-cadres du régime déchu, à Tripoli, le 5 mai.

Manifestants réclamant la mise à l'écart des ex-cadres du régime déchu, à Tripoli, le 5 mai. © Mahmud Turkia/AFP

Sous la pression des milices, le Parlement libyen a voté un texte excluant du jeu politique les anciens Kadhafistes. Résultat : il ne reste plus personne… hormis les islamistes.

Le 5 mai 2013 marquera-t-il le début d’une transition démocratique en Libye ? Il est permis d’en douter. Ce jour-là, un Congrès national général (CNG) en apparence solennel a voté le très controversé projet de loi « d’exclusion politique ». Consensuel dans son principe – écarter les anciens soutiens du régime Kadhafi afin d’éviter tout risque de contre-révolution -, il butait depuis des mois sur une question : l’étendue de son application. Cette fois-ci, la pression de centaines de miliciens qui faisaient le blocus des ministères de la Justice et des Affaires étrangères a finalement porté ses fruits. Par 164 voix (contre 4), le CNG exclut de la vie politique ceux qui occupèrent des responsabilités entre l’arrivée au pouvoir de Kadhafi en 1969 et sa chute, en octobre 2011. Anciens ministres, ambassadeurs, représentants de comités populaires, officiers de sécurité intérieure, journalistes, syndicalistes étudiants, doyens de faculté, etc. sont concernés. « Le Congrès ne doit pas se laisser bousculer ni adopter de très mauvaises lois sous prétexte que des groupes armés l’exigent », a commenté l’ONG Human Rights Watch.

Le texte exclut d’office Mohamed el-Megaryef, actuel président du CNG et ancien ambassadeur en Inde, qui prit la tête de l’opposition dès 1980, fondant le Front national pour le salut de la Libye (FNSL, aujourd’hui Jabha). Autre victime désignée, Mahmoud Jibril, le Premier ministre de la révolution (de mars à octobre 2011), « coupable » d’avoir été l’un des conseillers économiques d’un gouvernement qu’il contribua plus tard à faire tomber. Interrogé par la chaîne Al-Arabiya, Jibril a regretté « l’adoption d’une loi qui ne favorisera pas la réconciliation nationale » tout en indiquant qu’il s’y pliera.

Vengeance

Au moins quatre ministres du gouvernement d’Ali Zeidan et une quinzaine de députés tombent eux aussi sous le coup de la loi. Une épuration aussi large soulève naturellement des réserves. « Une idée noble s’est transformée en instrument de vengeance politique », estime Mahmoud Shammam, ancien membre du Conseil national de transition. À Tripoli, beaucoup voient la main des Frères musulmans derrière le texte qui affaiblit Megaryef et Jibril, leaders respectifs de la Jabha et de l’Alliance des forces nationales, premier parti au Congrès. Les mêmes observateurs relèvent que ce texte exonère en revanche les islamistes, pourtant nombreux à s’être rapprochés dans les années 2000 de Libya al-Ghad, le projet réformiste de Seif el-Islam Kadhafi, le fils du « Guide ».

En réalité, on assiste surtout à l’emprise grandissante des milices, plutôt proches des salafistes. Après la « loi d’exclusion », ces thuwar [révolutionnaires, NDLR] réclament désormais la démission d’Ali Zeidan, le Premier ministre, qui, réticent à employer la force, temporise. De son côté, Amnesty International déplore que « pour se protéger de la violence d’une milice la seule solution consiste à chercher la protection d’une autre milice ».

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