Politique

Pays-Bas : histoire de famille

Dans la dynastie d’Orange-Nassau, les souverains ne s’accrochent pas à leur trône. Comme sa grand-mère et sa mère jadis, la reine Beatrix a abdiqué en faveur de l’aîné de ses enfants, Willem-Alexander.

Mis à jour le 20 mai 2013 à 15:53
Fouad Laroui

Par Fouad Laroui

Ecrivain

Le 30 avril, il s’est passé quelque chose de banal et, en même temps, d’extraordinaire aux Pays-Bas. Une vieille dame de 75 ans a pris sa retraite, une retraite bien méritée. Elle va enfin pouvoir se consacrer à sa passion, la sculpture. Elle ira au concert, s’occupera des fleurs de son jardin, s’intéressera aux progrès scolaires de ses petits-enfants. Enfin, vous voyez le tableau… Il y a du rose partout et on croit entendre une petite sonate de Scarlatti en fond sonore.

Ce même jour, un homme qui a tout juste fêté son 46e anniversaire a obtenu une promotion professionnelle longtemps espérée. Parce qu’il est plutôt placide, pas flamboyant, un rien empoté, cette promotion s’est fait attendre. Mais tout vient à point…

Il s’agit, vous l’avez deviné, de l’abdication de la reine Beatrix des Pays-Bas et de l’accession au trône de son fils Willem-Alexander. C’est la tradition ici : la propre mère de Beatrix, Juliana, avait abdiqué en sa faveur en 1980. Et Juliana était elle-même devenue reine après l’abdication de sa mère, Wilhelmina… La monarchie néerlandaise n’est plus de droit divin, elle n’a rien de sacré, c’est pourquoi ces monarques prennent tranquillement leur retraite quand il leur plaît.

Olé !

Pour autant, il ne faudrait pas en déduire que ce ne sont que des chefs d’État à titre cérémonial, sans pouvoir. En fait, ils font constitutionnellement partie du gouvernement et peuvent intervenir dans la formation dudit gouvernement. Parfois, ils se risquent à donner leur avis sur la marche du pays, par exemple quand Beatrix avait rappelé, il y a quelques années, les grands principes de tolérance et de respect de l’autre… au grand dam de l’extrême droite, qui s’était sentie visée. Mais ils n’abusent jamais de leurs prérogatives. C’est sans doute pour cela que les républicains sont une petite minorité et que les royalistes, partisans de la dynastie d’Orange-Nassau, sont largement majoritaires. Rien ne changera dans l’immédiat. Willem-Alexander a annoncé vouloir régner de façon consensuelle. Il a même accepté d’avance que son rôle soit plus protocolaire si tel était le désir de ses sujets… ou plutôt de ses concitoyens.

Parmi les neuf sages qui ont supervisé la cérémonie, le maire de Rotterdam, qui est … marocain.

Sur un plan plus privé (si tant est qu’un roi ait droit à une vie privée), Willem-Alexander a épousé une beauté d’Argentine prénommée Máxima. Par conséquent, les Pays-Bas auront désormais une reine latino-américaine (olé !) portant un nom d’impératrice romaine. Dommage, disent certains, que Willem-Alexander n’ait pas épousé une des nombreuses et jolies Marocaines qui habitent dans son royaume. Une reine Habiba ou Nabila des Pays-Bas, cela aurait fait merveille pour le rapprochement des peuples. Mais bon, on va se contenter de Sa Majesté Máxima.

À propos du Maroc, notons qu’il y a quelques Marocains influents dans l’entourage de Willem-Alexander. On n’en dira pas plus, il faut les laisser agir dans l’ombre. Au moins un de ces Marocains agit en pleine lumière : il s’agit d’Ahmed Aboutaleb, le maire de Rotterdam, qui a fait partie du comité officiel (neuf membres) chargé de superviser l’intronisation de Willem-Alexander. Finissons donc par ce détail extraordinaire : un Marocain arrivé aux Pays-Bas d’un village misérable du Rif à l’âge de 15 ans, sans parler un mot de néerlandais, fait aujourd’hui partie des neuf sages qui ont installé sur le trône le nouveau roi des Pays-Bas. C’est un beau symbole.