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Politique

Éthiopie : la vie sans Mélès Zenawi

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Les affiches, posters et cartes à l'effigie de Mélès Zenawi sont omniprésents.

Les affiches, posters et cartes à l'effigie de Mélès Zenawi sont omniprésents. © Mulugeta Ayen/AFP

Depuis la disparition de Mélès Zenawi après plus de vingt ans de pouvoir, en août 2012, son successeur poursuit son programme. Avec une méthode et des prérogatives différentes.

Il est partout. Sur les panneaux publicitaires, dans les bureaux des fonctionnaires, sur les bâtiments publics. À Addis-Abeba, l’image du défunt Premier ministre Mélès Zenawi est plus présente aujourd’hui qu’au cours de ses vingt et un ans de pouvoir. L’homme était rétif, dit-on, au culte de la personnalité. Mais, depuis sa disparition, le 20 août 2012, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF, la coalition qui contrôle, avec ses alliés, 545 des 547 sièges du Parlement) en a visiblement fait son héros, un mythe fondateur pour une Éthiopie nouvelle. Et ce n’est pas son successeur, Hailemariam Desalegn, qui s’y opposera. Dès son arrivée au palais – également orné de portraits de son prédécesseur -, il s’est placé dans le rôle du continuateur « de l’héritage et de la vision » de Mélès Zenawi.

Railler

En désignant Hailemariam Desalegn vice-Premier ministre, en 2010, alors qu’il se savait malade, son mentor avait fait un choix audacieux et bousculé le sérail. Relativement jeune (47 ans), protestant welayta (ethnie ultraminoritaire du Sud), Desalegn a été propulsé à la tête d’un pays dirigé par des orthodoxes du Nord depuis des siècles. Contrairement à Zenawi, cet ingénieur de formation n’est pas issu du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), la composante dominante de la coalition au pouvoir. Son adoubement avait donc des allures de petite révolution, au point que certains observateurs pronostiquaient un rapide putsch interne de la vieille garde tigréenne.

Celui-ci n’a pas eu lieu. En janvier, le Premier ministre éthiopien a obtenu la présidence tournante de l’Union africaine (UA), ce qui a renforcé sa position. Puis, lors du congrès de la fin de mars, à Bahir Dar (Nord-Ouest), il a été élu à la tête de l’EPRDF – même si les débats ont été houleux. Depuis, les désaccords en public se sont tus. « Il a réussi à passer les premiers mois de pouvoir sans faire d’erreurs, estime Bruh Yihunbelay, rédacteur en chef de l’hebdomadaire The Reporter. Il faut lui donner une chance de réussir. » Pour autant, le nouveau Premier ministre n’a pas l’autorité de son prédécesseur. « La direction du parti a toujours été collective, affirme Daniel Berhane, un blogueur proche du parti. Mais, par son intelligence et son charisme, Mélès parvenait à rallier tout le monde à ses positions. »

Mains liées

Desalegn, lui, va devoir composer avec d’autres poids lourds. Il a adopté un style différent, plus à l’écoute, et a nommé, de façon inédite, trois vice-Premiers ministres, chargés chacun d’un pôle de compétence (gouvernance, social et économie) et issus chacun de l’une des trois principales ethnies du pays (Oromos, Amharas et Tigrés). « Ces postes ne sont pas prévus dans la Constitution, et, puisque des pouvoirs concrets leur sont attribués, c’est qu’ils ont été retirés au Premier ministre », souligne Yared Legesse, avocat spécialiste du droit constitutionnel. « Pour Hailemariam, c’était un moyen d’avoir des hommes de son bord dans le parti, affirme Daniel Berhane. Sous Mélès, il y avait une structure similaire, mais elle n’était pas rigidifiée par les attributions officielles. Si demain Hailemariam veut se séparer de l’un de ses vice-Premiers ministres, ce sera plus compliqué. D’une certaine manière, il s’est lié les mains. »

Hailemariam Desalegn ne devrait pas être contesté dans son rôle d’ici à 2015, date prévue des élections générales et du prochain congrès de l’EPRDF. D’ici là, sa politique devrait épouser le Plan de croissance et de transformation mis sur pied par un certain Mélès Zenawi.

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