Société

Cameroun : Roger Milla attend Volker Finke de pied ferme

À 61 ans, le monstre sacré du football camerounais, Roger Milla, ne mâche pas ses mots contre les « ennemis du pays ». Comprendre : les étrangers qui veulent entraîner l’équipe nationale. L’Allemand Volker Finke, qui a finalement été choisi, le 22 mai, comme nouveau sélectionneur des Lions Indomptables, est prévenu…

Mis à jour le 23 mai 2013 à 18:38

À la gloire de Roger Milla, il ne manque que la statue. Un jour, peut-être, son pays reconnaissant lui en érigera-t-il une à Yaoundé, sa ville natale. En Afrique, personne n’a oublié ses coups de patte magiques, lors de la Coupe du monde de 1990 en Italie, qui ont décomplexé tout un continent. Arrivé au bout d’une longue carrière, il bichonne aujourd’hui ses trophées entre deux voyages au bout du monde depuis qu’il a été nommé ambassadeur itinérant du football camerounais, en 2000.

Ambassadeur, mais pas diplomate pour un sou. Le vieux lion, 61 ans, manie sa langue avec moins d’habileté qu’il n’usait de ses jambes. Colérique, grognon, polémiste à la dent dure, il est coutumier de l’esclandre. Le dernier en date a été provoqué par ces mots parus le 13 mai dans une interview donnée au quotidien camerounais Le Messager : « Dites à cet entraîneur qui s’apprête à débarquer au Cameroun de rebrousser chemin, sinon nous allons le tabasser avant de le refouler chez lui. Nous ne pouvons pas accepter ces ennemis du pays. »

"Raciste"

Par « ennemis du pays », Roger Milla visait indifféremment les Français Raymond Domenech et Antoine Kombouaré et l’Allemand Volker Finke, les trois entraîneurs qui avaient été retenus par la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), à l’issue d’un appel à candidature international, pour remplacer le sélectionneur camerounais Jean-Paul Akono, ancien coéquipier et ami de Milla, en poste depuis quelques mois.

>> Lire : L’Allemand Volker Vinke nommé sélectionneur des Lions Indomptables

Sitôt publiés et repris, les propos ont suscité l’indignation. Milla va trop loin, il a « dérapé », tancent plusieurs anciens entraîneurs de la sélection qui ont essuyé, chacun en leur temps, sa mauvaise humeur légendaire. Le Français Pierre Lechantre, vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations en 2000 avec les Lions indomptables, le qualifie de « xénophobe » et de « raciste ». Sur le web, une querelle oppose soutiens et détracteurs. Les premiers pardonnent tout à « Roger’s » et considèrent que l’icône du football africain reste intouchable quoi qu’elle dise. Les autres lui reprochent son manque de sang-froid, ses raccourcis provocateurs, ses phrases simplistes et dangereuses… « Par pitié, faites-le taire ! » pourrait-on résumer.

"En guerre contre la Fecafoot"

En 2010 déjà, à quelques jours de la Coupe du monde en Afrique du Sud, il s’en était pris à l’autre star du football camerounais, Samuel Eto’o, capitaine de la sélection. « Il a apporté beaucoup à Barcelone et à l’Inter Milan, mais jamais rien à l’équipe du Cameroun », avait-il lâché. L’intéressé répliqua sans égards ni hauteur. Craignant que l’incendie ne se propage dans le vestiaire, la Fecafoot tenta de relativiser : « Les coups de gueule de Milla, on en a l’habitude, ça n’émeut plus personne. » Trop tard, le groupe avait implosé et la Coupe du monde fut un désastre.

Sa dernière sortie ne va pas améliorer son image. « À vrai dire, ses propos visaient moins les entraîneurs étrangers que les dirigeants de la fédération », plaide un journaliste sportif. Ces dernières années, Roger Milla est parti en guerre contre la Fecafoot. Il a créé un Comité citoyen pour le redressement du football camerounais, mais ses outrances sonnent comme un aveu d’impuissance face à Mohammed Iya, à la tête de la structure depuis 1998. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : le nouveau sélectionneur allemand aura fort à faire pour s’attirer les bonnes grâces de l’ambassadeur du football camerounais.