Économie

Gaz : portée par ENI, l’Italie mène à vive allure son marathon africain visant à l’affranchir de la Russie

Avec la crise ukrainienne, Rome est partie en urgence trouver en Afrique le gaz qu’elle ne peut plus recevoir de Moscou. Une tendance qui promet de s’inscrire dans la durée, quelque soit la couleur politique du Parlement qui ressortira des élections générales du 25 septembre.

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Mis à jour le 22 septembre 2022 à 21:42

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune (G) et le premier ministre italien Mario Draghi (D) au palais d’El Mouradia à Alger, le 18 juillet 2022. © ANSA via ZUMA Press)

Chaque semaine qui passe place un peu plus l’Europe au bord de la crise énergétique. L’invasion de l’Ukraine, le 24 février, a révélé au grand jour la fragilité de l’Union européenne (UE) en la matière, et sa dépendance vis-à-vis du gaz russe. Contrainte de payer aujourd’hui ses énergies fossiles au prix fort, l’Europe communautaire a dû réagir dans l’urgence pour trouver les nouvelles voies d’approvisionnement qui assureront à ses populations de passer l’hiver au chaud. Et dans le grand jeu énergétique qui se met en place à l’échelle internationale ces dernières semaines, l’Italie a su faire preuve d’efficacité. Au point que le deuxième importateur de gaz russe au sein de l’Union, derrière l’Allemagne, assure aujourd’hui pouvoir faire sans d’ici à la fin de 2023.  Déjà, Rome annonce avoir réussi à diviser par deux ses approvisionnements depuis la Russie quand, quelques mois plus tôt, ils représentaient encore plus de 40 % des 75 milliards de mètres cubes de gaz consommés annuellement par le pays.

Si l’Italie semble aujourd’hui être en passe de réussir un pari encore loin d’être gagné du côté de Berlin et de Madrid, voire de Paris, elle le doit en grande partie à Mario Draghi, son président du Conseil de février 2021 à sa démission en juillet 2022. Vite conscient de la soudaine précarité énergétique de son pays, le locataire du palais Chigi a multiplié depuis le mois de mars les appels du pied en direction des pays producteurs de gaz dits « alternatifs », notamment en Afrique.

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Quatre jours seulement après le démarrage du conflit ukrainien, Mario Draghi dépêche son ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, à Alger, pour négocier de nouveaux accords de fourniture avec les autorités locales et l’opérateur national, la Sonatrach, deuxième partenaire traditionnel du pays derrière le russe Gazprom. Trois semaines plus tard, et accompagné cette fois de son collègue pour la Transition écologique, Roberto Cingolani, le chef de la diplomatie italienne s’envole pour le Caire, qu’ils quittent ensemble le 16 avril, pour un court déplacement de quarante-huit heures, en Angola et en République du Congo, avec, chaque fois, l’objectif de sécuriser des approvisionnements gaziers supplémentaires.

Contraint de présenter sa démission en juillet, après avoir vu exploser sa coalition gouvernementale, Mario Draghi avait, trois jours auparavant, finalisé, avec Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État algérien, l’accord sur la fourniture de volumes de gaz additionnels par la Sonatrach: quatre milliards de mètres cubes supplémentaires par an. Dès la fin de cette année, l’Algérie deviendra donc le principal fournisseur de l’Italie, avec près de 27 milliards de mètres cubes et, par là même, l’un des premiers pourvoyeurs du marché communautaire européen, en compagnie de la Norvège.

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