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Cet article est issu du dossier «Union africaine, qu'as-tu fait de tes 50 ans ?»

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Politique

Nkosazana Dlamini-Zuma : un nouveau départ ?

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Nkosazana Dlamini-Zuma a été élue présidente de la Commission de l’UA, le 16 juillet 2012.

Nkosazana Dlamini-Zuma a été élue présidente de la Commission de l'UA, le 16 juillet 2012. © Chesnot/SIPA

Depuis son arrivée à la tête de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma tente d’imprimer sa marque. Avec déjà quelques résultats.

Il n’y a qu’une façon de réussir son entrée en fonction comme président de la Commission de l’Union africaine : marcher sur la pointe des pieds, ménager 54 patrons pour la plupart susceptibles et trouver le moyen de se mettre 800 fonctionnaires dans la poche. Depuis qu’elle a pris place dans son bureau au 18e étage du siège futuriste de l’UA en octobre 2012, Nkosazana Dlamini-Zuma a fait un parcours sans faute. Vus de l’intérieur, les changements de style et de méthode se font par petites touches. Elle a démarré en douceur, écoutant et observant assez longtemps pour prendre la mesure de sa fonction.

Elle a d’abord rencontré les salariés de l’organisation. Désormais, les départements n’agiront plus individuellement. La nouvelle présidente exige plus de concertation. Selon Emmanuel Agbor, interprète-traducteur camerounais à la Cour africaine de justice et des droits de l’homme – un organe de l’Union africaine basé à Arusha, en Tanzanie -, « pour la première fois lors d’un sommet, les interprètes embauchés pour le sommet ont été payés vingt-quatre heures après leur arrivée à Addis-Abeba, alors qu’avant ils percevaient leurs émoluments avec six mois de retard ».

Autre nouveauté, l’organisation d’un séminaire réunissant commissaires et directeurs, fin novembre dans la ville de Debre Zeit, à 50 km au sud d’Addis-Abeba. Des réunions de management hebdomadaire sont désormais obligatoires dans chaque direction. Quand on travaille au sein du cabinet de la présidente, on se lève tôt et on travaille tard. Les journées s’étendent de 8 heures à 23 heures. 

Ouverture

Depuis le début de la crise malienne, une permanence est assurée pendant le congé de fin de semaine. « Si nous continuons comme ça, les actions seront mieux coordonnées et nous constituerons enfin une équipe », se réjouit le directeur de cabinet, le Burkinabè Jean-Baptiste Natama, un des rares francophones du 18e étage. Ce dernier chapeaute une équipe qui oeuvre dans l’ombre pour organiser l’agenda de la présidente et lui préparer ses interventions publiques.

Il y a également le casse-tête des entretiens téléphoniques à organiser avec des chefs d’État dont l’agenda est compliqué. Au plus fort de la crise au Mali et du conflit en Centrafrique, Dlamini-Zuma a beaucoup parlé avec le Tchadien Idriss Déby Itno… C’est encore cette équipe qui planifie ses déplacements, effectués généralement par vols commerciaux.

Son cabinet est à l’ouvrage mais reste incomplet, en attente de la nomination d’un porte-parole, d’un conseiller chargé des affaires diplomatiques, d’un deuxième chargé de la communication et de la culture et d’un troisième qui devrait travailler sur les questions de sécurité et de défense. La présidente ne se presse pas. « Elle souhaite s’entourer de collaborateurs issus de toutes les régions du continent pour diversifier les apports », explique un membre de son entourage. En attendant, elle peut compter sur la dizaine de personnes exceptionnellement mises à sa disposition et financées par Pretoria – dont des officiers de sécurité chargés de la protéger. 

Solide

"Cela ne va pas être facile de la déstabiliser."

Vu de l’extérieur, pas grand-chose n’a changé. Il n’y a pas eu de révolution. L’UA est toujours ce « lutteur aux poings liés » décrit par l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio. L’organisation n’est pas parvenue à intervenir rapidement au Mali. Le 11 janvier, au téléphone avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, Dlamini-Zuma, qui a fait du panafricanisme et de la renaissance africaine les maîtres mots de son mandat, n’a pas eu d’autre choix que d’avaliser la décision française d’intervenir dans le Nord-Mali, après la prise de la ville de Konna par les jihadistes. Un sentiment d’impuissance exacerbé par les lenteurs et les atermoiements des décideurs africains sur le meilleur moyen d’intervenir.

En attendant de réformer l’UA, cette femme de tête va devoir, à l’instar de ses prédécesseurs, travailler avec 54 patrons, 54 chefs d’État qui ont pris l’habitude, individuellement ou collectivement, de convoquer, de sermonner et de réprimander ses prédécesseurs. « Cela ne va pas être facile de la déstabiliser, tempère un diplomate. Elle est trop marquée par l’histoire de l’apartheid pour accepter un rôle de faire-valoir », tranche-t-il. Soutenue par la puissante Afrique du Sud, elle a les moyens de donner à l’UA une influence et un rayonnement inédits.

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Par Georges Dougueli, envoyé spécial

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