Politique

Iran : Saïd Jalili, le chouchou du Guide

Mis à jour le 30 mai 2013 à 14:24

Seuls huit candidats restent en lice pour l’élection présidentielle iranienne du 14 juin. Parmi eux, un homme a les faveurs d’Ali Khamenei. Un conservateur pur et dur, bien sûr.

Le 21 mai, le Conseil des gardiens de la Constitution a rendu son verdict. Les sages de la République islamique d’Iran ont disqualifié de la course présidentielle du 14 juin les deux outsiders dont la candidature de dernière minute avait créé la surprise. L’un, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, président de 1989 à 1997, est soupçonné de sédition pour avoir soutenu en 2009 les réformateurs qui contestaient la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. L’autre, Esfandiar Rahim Mashaie, bras droit et gendre d’Ahmadinejad, accusé de placer le nationalisme au-dessus de l’islam, a été taxé de déviance. Tous deux constituaient en fait la plus grande menace à l’ordre que le Guide suprême, Ali Khamenei, véritable chef de l’État iranien, veut rétablir au sein du régime après la fronde menée contre lui par Ahmadinejad, le président sortant. Des 686 candidats qui se sont présentés, les 8 qui restent en lice appartiennent tous à l’écurie conservatrice – et l’un d’eux aurait l’onction du Guide.

Représentant d’Ali Khamenei au Conseil suprême de la sécurité nationale, Saïd Jalili, 47 ans, est plus connu pour son rôle de négociateur en chef dans le dossier du nucléaire que pour son implication dans les affaires intérieures. Mais, témoigne Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, en France), « il est rigoureux, compétent, suit la ligne pure et dure du pouvoir clérical et doit tout au Guide, à qui il est dévoué ». Né en 1965 à Mashhad, ville natale de Khamenei, il a 13 ans quand la révolution porte l’ayatollah Khomeiny au pouvoir. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), il s’engage pour la défense de la jeune République islamique. Il y perd sa jambe droite, mais gagne la reconnaissance du régime.

Moins imprévisible qu’Ahmadinejad ?

Blessé de guerre, Saïd Jalili est admis sans concours à la prestigieuse université Imam-Sadiq, à Téhéran. Sujet de thèse : la politique extérieure du prophète Mohammed. Son diplôme lui ouvre une carrière diplomatique qu’il accomplit consciencieusement dans les années 1990, jusqu’à devenir directeur du bureau du Guide Khamenei, son mentor, en 2001. En 2005, il est nommé vice-ministre des Affaires étrangères et conseiller du président Ahmadinejad. Devant alors composer avec les deux pôles rivaux du régime, il aiguise son sens politique et se positionne comme le plus apte à concilier les différentes factions du camp conservateur. Appelé en 2007 au Conseil suprême de la sécurité nationale, il est l’homme des négociations ultrasensibles sur le nucléaire avec le groupe du P5+1 (les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne). Pieux conservateur, on le dit un brin rétrograde mais moins imprévisible que le populiste Ahmadinejad.

Deux grands défis se poseront au prochain élu : asseoir la légitimité de la République islamique et régler le dossier du nucléaire – une volonté commune à toute la classe dirigeante, souligne Bernard Hourcade. Le 14 juin, deux candidats également adoubés par le Guide tenteront de disputer la victoire à Saïd Jalili : Ali Akbar Velayati, ancien ministre des Affaires étrangères (1981-1997), et Mohammed Bagher Ghalibaf, brillant maire de Téhéran, qui pourrait récupérer quelques suffrages réformateurs. « Depuis vingt ans, les élections iraniennes ne nous ont réservé que des surprises, explique Bernard Hourcade. Mais cette année, le véritable enjeu est la participation, qui sera un test pour le régime après le scrutin contesté de 2009. »