Culture

« Zoom » : un couscous exquis de Rachid Taha

Mis à jour le 12 juin 2013 à 14:54

Avec un rock punk relevé d’un soupçon de chaabi, d’un zeste de raï saupoudré de mandole andalouse, Rachid Taha signe un album éclectique.

Dans un bon couscous, il y a parfois de drôles de mélanges. Rachid Taha tente dans son dernier album des expériences osées. Et ça marche ! Après vingt-six ans chez Barclay, il change de maison de disques mais pas de signature. Zoom est à la fois punk et beau, mélancolique et attachant, il vous prend aux tripes et vous laisse bouleversé, changé. La voix est un peu éraillée, mais, à 54 ans, l’artiste franco-algérien est encore debout. Cash et trash, entier tout simplement, comme il l’a prouvé lors d’un concert acclamé par la critique au Trianon de Paris, le 16 mai. Avec la complicité, notamment, de Mick Jones, son grand pote des Clash. Comme dans « Now or Never », reprise très mélodique, tout en mandole andalouse et doux crescendo, du titre d’Elvis en duo avec la chanteuse de jazz Jeanne Added.

Le reste de l’album est tellement kaléidoscopique qu’il serait vain de le résumer. Mêlant les dédicaces à Elvis, Kurt Cobain ou John Lennon (« Les Artistes »), Zoom revient sur les terrains du chaâbi (« Galbi ») et du raï, dont Taha ne s’est jamais éloigné. Notamment dans un autre duo, « Khalouni », ode à la liberté des femmes, avec la mythique Cheba Fadela, vocodeur en renfort, ce qui déstabilisera certainement les non-amateurs de raï. Nourri aux musiques populaires de son Algérie natale, aux mélopées d’Oum Kalsoum et aux dieux de son panthéon personnel rock, Rachid Taha provoque, s’amuse des frontières et livre un ensemble très entraînant, qui se clôt par une reprise de « Voilà, voilà que ça recommence », son coup de gueule antiraciste, avec du beau monde (Mick Jones, Oxmo Puccino, Rachida Brakni, Éric Cantona, Sonia Rolland, etc.).

Zoom, de Rachid Taha (Naïve).