Culture

Salif Cissé, de la Cité des 4000 à Netflix au côté d’Omar Sy

La révélation des César 2022 sera à l’affiche de la saison 2 de la série à succès « Lupin », avec Omar Sy. Et défendra « 1983 », une pièce qui revient sur la marche pour l’égalité et contre le racisme.

Mis à jour le 3 septembre 2022 à 16:28

Salif Cissé, à Saint-Denis le 26 aout 2022. © Bruno Lévy pour JA

Il passe des planches de théâtre à une superproduction Netflix, s’essaie à une série « young adult » de genre dans la fiction d’épouvante Endless Night (de David Perrault), quand il ne s’attaque pas à un grand classique du patrimoine culturel français en rejoignant le casting cinq étoiles de la saison 2 de la série à succès Lupin, au côté d’Omar Sy.

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À seulement 28 ans, l’acteur français, révélation des César 2022 pour À l’abordage – comédie douce et solaire sur les amours de vacances d’une bande de jeunes adultes signée Guillaume Brac –, étonne par son adaptabilité bien plus qu’il ne détonne. « Je pourrais jouer des rôles de jeune homme des quartiers un peu borderline, mais je refuse et surtout, on ne me propose même plus ce genre de personnages », glisse-t-il, sa carrure de grand nounours installée dans un café parisien.

Drame bourgeois et pièces militantes

Jamais là où l’on attend un acteur noir en France, ce fils d’une mère sénégalaise et d’un père malien intègre, une fois son bac option théâtre en poche, le Conservatoire, loin des tours de la Cité des 4000 de La Courneuve, où il a grandi. « Il a fallu capter les codes et s’intégrer, se souvient-il. Quand tu viens d’une cité, ce n’est qu’une fois en dehors de celle-ci que tu prends conscience de ton appartenance sociale », admet cet ancien élève studieux, diplômé du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (CNSAD). « J’y apprenais des drames bourgeois, c’était très éloigné de mon milieu. C’est bien de sortir de sa zone de confort, mais sur le long terme, on se fatigue et on se consume », reconnaît le comédien, qui défend depuis des projets plus ancrés dans sa réalité.

Mon militantisme tient au choix de mes rôles

Comme la pièce éminemment politique 1983 d’Alice Carré, mise en scène par Margaux Eskenazi, qui revient sur les violences policières en France et la marche pour l’égalité et contre le racisme qui a eu lieu cette même année. « Ce projet est la continuité de Et le cœur fume encore, qui impliquait la même équipe. Cette pièce, qui traite de la colonisation, du post-colonialisme et de la troisième génération d’enfants d’immigrés, qui sont français, est arrivée au bon moment dans ma vie, ma carrière. Car l’ensemble des questions qu’elle pose, je me les suis posées aussi. Elle interroge aussi ma vie », concède le comédien, que l’on retrouvera sur les planches du Théâtre de la Ville, à Paris, à la fin de l’année.

Bilingue, il ambitionne de mener des projets de l’autre côté de l’Atlantique

« Le théâtre rend humble, pose-t-il. L’économie et le rapport aux gens sont différents. Il y a un sens du collectif et de l’immédiateté que l’on ne retrouve pas au cinéma. Mais Netflix, tout le monde y a accès. J’essaie d’être le plus divers possible. » Pour preuve, si son apprentissage demeure élitiste et franco-français, c’est aussi avec les comédies ivoiriennes, burkinabè et sénégalaises, comme Les Bobodiouf, qu’il a grandi et aiguisé son style. « Ces fictions se rapprochent beaucoup du théâtre de Molière, dans la satire, les archétypes et la construction des personnages à la frontière de la caricature, mais aussi de l’art clownesque qui m’a beaucoup formé au conservatoire », décrypte-t-il.

Rôles universels

Pour ce caméléon, la couleur de peau n’a jamais été un sujet. Pas plus qu’elle ne l’a été pour les différents réalisateurs qui l’ont dirigé. Quand il joue Chérif dans À l’abordage, c’est d’abord un jeune adulte sensible, un bon copain et un romantique qu’il incarne. On en oublie très vite le contraste d’épiderme qu’il y a entre lui et l’un de ses compagnons de route de vacances, Edouard et son « côté enfant de cœur ». C’est une histoire d’amitié naissante et d’amours adulescentes qui nous est avant tout donnée à voir.

Idem dans Endless Night. « Le personnage d’Idriss vit dans un pavillon, il aime le skate et les jeux vidéo. C’est un rôle universel. Mon militantisme tient au choix de mes rôles, revendique-t-il. Pour autant, Salif Cissé reste conscient du caractère « inédit » de certaines trajectoires, comme celle d’Omar Sy, avec qui il partage l’affiche de la saison 2 de Lupin, à paraître en janvier 2023 sur Netflix.

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« On manque de figures de réussite comme lui dans le paysage du cinéma français, et c’est encore plus valable pour les actrices noires. La carrière d’Omar Sy reste pour moi un exemple et un objectif à suivre », confie ce fan de David Fincher et de Christopher Nolan, qui revient d’ailleurs tout juste d’un séjour aux États-Unis, « pour les vacances mais aussi pour réseauter ». Bilingue, Salif Cissé ambitionne de mener des projets de l’autre côté de l’Atlantique.

Bûcheur et sur tous les fronts, il écrit et réalise quand il ne tourne pas. Auteur de la mini-série Couronnes, titrée ainsi en référence à son quartier de La Courneuve, situé dans la petite couronne parisienne, le vingtenaire envisage déjà un long format. Salif Cissé a beau être passé de l’autre côté du périph’ en intégrant le prestigieux conservatoire de théâtre du 9e arrondissement, il n’en oublie pas d’où il vient.

1983 d’Alice Carré, mise en scène par Margaux Eskenazi, au Théâtre de la Ville du 1er au 10 décembre 2022

Lupin, saison 2, diffusion en janvier 2023 sur Netflix

Endless Night de David Perrault, actuellement sur Netflix