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Cameroun : Marcel Niat Njifenji, surprise du chef

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Le 12 juin, jour de l'élection de Marcel Niat Njifenji.

Le 12 juin, jour de l'élection de Marcel Niat Njifenji. © JEAN-PIERRE KAPSEU

Personne n’imaginait Marcel Niat Njifenji prendre la tête du Sénat camerounais. Pourtant, ce Bamiléké de 79 ans, retiré de la vie publique, est désormais le deuxième personnage de l’État.

L’homme qui a été porté le 12 juin à la tête du nouveau Sénat camerounais n’est pas celui qu’on attendait. Pas un article de presse n’avait cité comme possible numéro deux du pays Marcel Niat Njifenji, un apparatchik de 79 ans, retiré de la vie publique mais toujours proche du parti au pouvoir. Il faisait déjà figure de revenant quand son nom est apparu, le 8 mai, sur la liste des trente sénateurs (sur cent) nommés par Paul Biya. Personne, à part lui-même, ne le voyait donc en président de la Chambre haute. Mais Niat est de ceux qui sont convaincus qu’en politique rien n’est impossible. « Je suis candidat », a-t-il confié à quelques jours du vote à Ibrahim Mbombo Njoya, le sultan des Bamouns, lui aussi en lice. Le défi semblait insurmontable pour cet homme tombé dans l’oubli après la privatisation, en 2001, de la Société nationale d’électricité (Sonel). Une entreprise que Niat, ingénieur formé à l’École supérieure d’électricité de Paris, a dirigée pendant près de deux décennies, cumulant un temps cette fonction avec celle de vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie.

Pour les connaisseurs de la géopolitique ethno-régionale camerounaise, en effet, il n’était pas imaginable de confier les clés de la transition en cas de vacance du pouvoir à un Bamiléké natif de Bangangté (ouest du pays). Un peuple considéré comme trop riche, trop nombreux et soupçonné d’hégémonie par les tenants de l’équilibre régional. Encore une fois, les « camerounologues » se sont trompés.

Pressé d’adouber son successeur constitutionnel, dont le rôle est crucial dans l’éventualité d’une transition, Paul Biya, 80 ans, a attendu plusieurs semaines pour choisir son favori. La liste des prétendants qui circulait à Yaoundé comptait l’ancien Premier ministre anglophone Peter Mafany Musonge, l’ancien ministre René Zé Nguélé et Ibrahim Mbombo Njoya. Pourtant, par goût du contre-pied et par souci de préserver l’image du chef qui décide en toute indépendance, Paul Biya a choisi le plus improbable des profils. Brûlant de connaître le dessous des cartes, les Camerounais se perdent en conjectures : est-ce une volonté d’apaiser les tensions avec les ressortissants de l’Ouest qui se disent discriminés ? « Oui, mais en trompe-l’oeil, avertit un politologue camerounais. Le président du Sénat organisera l’élection mais ne pourra en aucun cas se présenter. Ainsi Biya instille-t-il dans l’opinion l’idée qu’à défaut d’être un acteur l’Ouest aura un rôle d’arbitre dans la confrontation annoncée entre les Beti-Bulu – ethnie à laquelle il appartient -, qui souhaitent conserver le pouvoir, et le Grand Nord, dont était issu l’ancien président Ahmadou Ahidjo, qui veut le reconquérir. »

Réseau

Pour occuper ce fauteuil convoité, Biya a en outre privilégié un homme loyal. Un de ceux qui se sont battus dans les années 1990 pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), alors que le parti au pouvoir faisait face dans la province de l’Ouest à l’essor du Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi. Celui, aussi, qui parvint à constituer un réseau de cadres dans son département à travers le Cercle de réflexion et d’action pour le triomphe du renouveau (Cratre), mis au service de Biya. Ancien député, ancien maire de sa ville natale, Niat est enfin de ceux qui, même retirés – dans sa ferme de Nkafen (Ndé) -, n’écrivent pas leurs Mémoires par culture du secret et continuent de soigner leurs liens avec le pouvoir. Ils ont raison d’attendre, à l’instar de Marcel Niat Njifenji, car tout est possible en politique.

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