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Cet article est issu du dossier «Grandes manoeuvres à Djibouti»

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Politique

Djibouti : vos papiers, s’il vous plaît !

| Par Jeune Afrique
Abdoulkader Kamil Mohamed est à la tête du gouvernement depuis le 31 mars.

Abdoulkader Kamil Mohamed est à la tête du gouvernement depuis le 31 mars. © ABBOU POUR J.A.

Le nouveau Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, a engagé une vaste réforme de l’administration à Djibouti. Parmi ses mesures phares : l’identification des populations.

En succédant, le 31 mars, à Dileita Mohamed Dileita, Abdoulkader Kamil Mohamed a déclaré que son magistère à la tête du gouvernement djiboutien serait exclusivement consacré à la lutte contre la pauvreté, terreau favorable aux discours populistes et aux prêches fondamentalistes. Une tentative de reprendre la main après le scrutin législatif du 22 février marqué par une inquiétante montée du « péril vert », incarné par les Frères musulmans et les salafistes djiboutiens. Deux mois et demi plus tard, le nouveau Premier ministre, 62 ans, aura consacré l’essentiel de son temps et de son énergie à la réforme de… l’administration.

« Il s’agit d’un chantier déterminant pour atteindre notre objectif sur le plan politique, économique et sécuritaire », avance-t-il. Selon le natif de Souali (dans la région d’Obock, en pays afar), l’amélioration de la performance des fonctionnaires n’est pas une mesure cosmétique, mais éminemment politique. « Satisfaire les besoins des populations et mieux les servir, aujourd’hui, c’est une garantie de paix sociale. En outre, une meilleure efficacité opérationnelle de l’administration assurera un niveau de sécurité maximal contre la fraude et le vol d’identité », explique-t-il.

Numéro unique

Premier volet de ce vaste chantier : l’enregistrement des populations par le biais d’un numéro unique d’identification (NUI, équivalent du numéro de sécurité sociale en France). Moins coûteuse qu’un recensement général, l’opération doit permettre d’authentifier l’identité des citoyens djiboutiens comme des résidents étrangers. Le 29 avril, Abdoulkader Kamil Mohamed a mis en place un comité technique chargé de faire des propositions. Quinze jours plus tard, la procédure a été confiée à la direction des populations du ministère de l’Intérieur. La campagne débute avec les citoyens qui n’ont pas de papiers d’identité et les étrangers en quête de carte de résident. Pour les autres, l’attribution du NUI se fera progressivement.

Notre objectif est double : lutter contre la pauvreté et contre l’insécurité.

L’affluence devant les guichets de l’administration prouve l’utilité de l’opération. « Je n’ai pas encore de chiffres précis, relève le Premier ministre. Mais à titre indicatif, nous avons constaté que près de 80 % des demandeurs n’ont aucune ascendance djiboutienne. C’est dire le nombre des tentatives de fraude. » La fraude en question concerne les réfugiés somaliens, éthiopiens et érythréens, présents dans le pays par dizaines de milliers, et pour qui un passeport djiboutien est un précieux sésame.

« Si les besoins d’identification de la population sont déterminants en termes de lutte contre la pauvreté, ils le sont encore davantage pour des raisons sécuritaires », affirme le chef du gouvernement. Pays de transhumance et îlot de stabilité dans une région perturbée par des conflits récurrents, Djibouti se caractérise également par une forte présence de militaires étrangers, « cibles potentielles d’attentats terroristes commandités par des organisations non djiboutiennes », prévient-il.

Tentation shebab

Abdoulkader Kamil Mohamed en est certain, « la jeunesse djiboutienne est prémunie contre la tentation shebab ». « Et s’il y a menace contre les intérêts occidentaux ou contre les ressortissants étrangers présents dans notre pays, elle ne peut venir que de l’extérieur de notre territoire, assène-t-il. C’est pourquoi les bailleurs de fonds doivent nous accompagner dans cette opération. Seuls, nous ne pourrions assurer l’introduction des TIC [technologies de l’information et de la communication] dans la sécurisation de nos fichiers et la pérennisation de l’identification. » Nul doute que les Français, les Américains et les Japonais, qui ont des bases permanentes sur le territoire, ainsi que les Européens engagés dans l’opération EU Naval Force-Atalante de lutte contre la piraterie, prêteront une oreille attentive aux demandes de financement du NUI.

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