Politique

Maroc : Aziz Akhannouch à la recherche d’un second souffle

Sa campagne électorale et sa nomination à la tête du gouvernement en septembre 2021 avaient suscité beaucoup d’espoirs et créé des attentes. Mais l’inflation et des soupçons de conflits d’intérêts ont terni la première année de son mandat. Bilan.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 8 septembre 2022 à 11:10

Aziz Akhannouch à Bruxelles, le 21 juin 2022. © STEPHANIE LECOCQ/EPA/EFE/MAXPPP

La vie politique n’échappe pas au caractère éphémère de toute chose. C’est ce que doit se dire Aziz Akhannouch en cette rentrée 2022. Entre le 8 septembre et le 8 octobre 2021, le président du RNI – un parti qu’il a façonné et transformé en machine de guerre électorale – remporte les législatives et devient le chef du gouvernement, ce qu’il souhaitait et a exprimé en haut lieu. Il parvient à former une majorité gouvernementale avec les deux autres partis les plus influents : le PAM et l’Istiqlal (PI). Rien ne semble alors pouvoir l’atteindre.

Moins d’une année plus tard, il est la cible d’une virulente campagne sur les réseaux sociaux. Des milliers d’internautes appellent à sa démission face à la flambée historique des prix du carburant. Sans compter une coalition gouvernementale qui commence doucement à se fissurer.

Des failles dans la coalition

Le 12 août, JA avance l’hypothèse d’un prochain remaniement ministériel à la demande du souverain. Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice et patron du PAM, et Abdellatif Miraoui, ministre de l’Enseignement supérieur, membre du bureau politique du PAM depuis fin 2021, seraient ainsi sur le départ.

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Ce remaniement aurait d’ailleurs fait l’objet d’une discrète rencontre entre Aziz Akhannouch et le conseiller royal, fondateur et ex-dirigeant du PAM, Fouad Ali El Himma, le 5 août, avant que ce dernier ne s’envole pour Paris afin de s’entretenir du sujet avec le roi Mohammed VI. Mais du côté de la primature, cette éventualité est balayée : « Les trois chefs de parti se sont réunis pour la dernière fois le 29 juillet, ils se sont préparés pour la rentrée, étaient tout à fait alignés, et ont réitéré leur volonté de continuer à travailler ensemble. Rien d’anormal à signaler », selon cette source proche du chef du gouvernement.

Reste que plusieurs proches du RNI ressentent des dissensions au sein de la coalition gouvernementale et évoquent un « jeu » ambigu du PAM et du PI, à la fois dans la majorité et dans l’opposition. « Le PAM n’affiche pas clairement son soutien à Aziz Akhannouch face à la campagne dont il fait l’objet. Quant au parti de la balance, il s’est senti lésé au moment de la distribution des portefeuilles ministériels et une partie de ses ouailles est déjà dans l’opposition au Parlement. Pendant la campagne électorale, les deux partis n’ont pas hésité à attaquer Akhannouch en pointant les liaisons dangereuses entre le pouvoir et l’argent, et d’éventuels conflits d’intérêts », abonde un analyste politique.

Un remaniement qui priverait le PAM de la Justice et de l’Enseignement supérieur, lui réservant des portefeuilles moins stratégiques, reviendrait à pousser le parti du tracteur dans l’opposition. Dans un tel cas, il ne serait pas évident pour le RNI, qui détient 102 sièges, contre 87 pour le PAM, de former une nouvelle majorité. « Il y a peut-être aussi, en haut lieu, la volonté de protéger le PAM d’un éventuel naufrage du gouvernement RNI au cours de ce quinquennat et de lui permettre de se préparer pour les élections de 2026 », estime notre analyste politique.

Absence de tribun