Politique

RDC : la Monusco doit-elle partir ?

Confrontée à des manifestations réclamant son départ, la mission onusienne, longtemps chahutée sous Kabila, est désormais poussée vers la sortie par l’administration Tshisekedi. Vingt-trois ans après son arrivée au Congo, est-ce pour elle l’heure de plier bagages ?

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Mis à jour le 30 août 2022 à 09:33

Manifestation contre la mission de maintien de la paix de l’ONU, à Goma, le 26 juillet 2022. © Michel Lunanga/AFP

Matelas empilés sur la tête des manifestants, chaises portées à bout de bras, parfois même quelques imposants réservoirs d’eau en métal péniblement traînés sur une piste en terre… Ce mardi 26 juillet, l’une des bases de la Mission des Nations unies (Monusco) à Goma est prise d’assaut. La foule paraît organisée. Elle est surtout mécontente. Voilà plusieurs jours que la colère contre les Casques bleus s’est remise à gronder.

Avec son budget dépassant chaque année le milliard de dollars et ses quelque 14 000 soldats et policiers chargés, notamment, de protéger les civils, la Monusco est régulièrement accusée d’inefficacité face aux groupes armés. Elle se prépare depuis plusieurs jours à cette nouvelle vague de manifestations. Elle a même adressé une correspondance au ministère des Affaires étrangères, le 18 juillet, pour alerter contre « le risque d’actes hostiles contre le personnel et les installations de la Monusco » à la suite de discours émanant de « représentants de l’État » ou « de figures publiques ». Trois jours plus tôt, Modeste Bahati Lukwebo, le président du Sénat, l’un des trois principaux personnages de l’État, avait profité d’une visite dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu (Est) pour appeler la mission « à plier bagage ». Comme d’autres, il est accusé d’avoir jeté de l’huile sur le feu.

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Parmi les diplomates, plusieurs s’interrogent sur la tournure particulièrement violente qu’ont pris ces événements. Leur ampleur a surpris et contraste avec celle des marches organisées par la société civile. « Les enquêtes préliminaires montrent que les manifestations visant la Monusco n’étaient pas spontanées, mais plutôt bien organisées et coordonnées », note à ce titre le groupe d’experts de l’ONU dans son rapport confidentiel du mois de juillet, que Jeune Afrique a consulté. Un haut cadre de la Monusco va jusqu’à affirmer que « selon des éléments à disposition de la mission, les cortèges étaient infiltrés par des membres de groupes armés ». Mais « n’évoquer que le spectre d’une manipulation des élites revient à ignorer toute une partie du problème », estime un élu de l’Est.

« Certains politiciens sous pression ont instrumentalisé la situation. Mais il faut aussi que la Monusco revoie sa copie, tranche Juvénal Munubo, député de Walikale, dans le Nord-Kivu. Il existe une exaspération légitime au sein de la population qui ne comprend pas qu’une mission aussi coûteuse produise aussi peu de résultats face aux groupes armés.”

Retrait anticipé ?

D’Uvira à Butembo en passant par Goma, les manifestations se sont succédé ces dernières semaines, tournant souvent au pillage d’installations onusiennes et faisant 36 morts, dont 4 Casques bleus. Le climat, déjà extrêmement tendu, a été aggravé par un incident, ce 31 juillet, au poste-frontière de Kasindi, où des soldats de la brigade d’intervention de la Monusco (FIB) ont ouvert le feu, tuant 3 personnes.

Sous pression, les autorités congolaises ont durci le ton vis-à-vis de la mission. Le 28 juillet, elles ont exigé l’expulsion de son porte-parole, Mathias Gillmann, après qu’il avait expliqué, mi-juillet, que le déploiement d’une grande partie des ressources de la mission et de l’armée congolaise dans la lutte contre les rebelles du M23 avait des conséquences négatives sur les autres régions. Selon Kinshasa, ces déclarations reviennent à reconnaître l’incapacité de la Monusco à remplir ses objectifs.

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Face au mécontentement grandissant de l’opinion, le gouvernement a aussi annoncé son intention de revoir le plan de transition organisant le retrait définitif des Casques bleus, pour le moment prévu à l’horizon 2024, amenant cette crise à un niveau inédit depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Le timing dans lequel cette discussion pourrait avoir lieu semble en tout cas très flou. « Nous allons travailler à raccourcir le délai du départ de la Monusco, mais cela dépendra des indicateurs définis », évoque simplement un ministre congolais.

« La Monusco est la bienvenue »