Politique

Mali : Robert Dussey, le Togolais qui murmure à l’oreille d’Assimi Goïta

Le ministre togolais des Affaires étrangères est l’une des rares personnes que le président de la transition malienne écoute. De quoi en faire un homme aussi incontournable que critiqué.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 18 août 2022 à 16:14

Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, à Paris, le 1er avril 2022. © Vincent FOURNIER/JA

Bamako, le 19 juillet 2022. En cette matinée de saison des pluies, un discret avion s’apprête à quitter l’aéroport Keïta-Senou en direction d’Abidjan. À son bord, Robert Dussey, le chef de la diplomatie togolaise qui, comme il le fait plusieurs fois par mois, vient de séjourner à Bamako. Durant sa visite, il a vu le président de la transition, Assimi Goïta, qui le surnomme affectueusement « grand frère », et qui en a profité pour solliciter, une nouvelle fois, la médiation du Togo afin d’interrompre le bras de fer diplomatique qui oppose le Mali à la Côte d’Ivoire. 

À Lire Côte d’Ivoire-Mali : la difficile médiation de l’ONU pour la libération des soldats ivoiriens

« Le président de la transition, que nous avions remarqué très ouvert et favorable au dialogue, a souhaité que les relations de fraternité et d’excellente amitié entre la Côte d’Ivoire et le Mali soient préservées, explique alors Robert Dussey. Il a souhaité que le président Faure Essozimna Gnassingbé puisse s’investir afin de trouver une solution. Je voudrais vous confirmer la disponibilité du président togolais pour aider et user de ses bons offices afin que nous puissions arriver à un dénouement heureux. »

Bamako-Abidjan

Alors que les relations diplomatiques entre Abidjan et Bamako s’étaient relativement apaisées ces derniers mois, dimanche 10 juillet, une nouvelle affaire est venue les tendre. Ce jour-là, un avion de la compagnie privée Sahel Aviation Service (SAS), qui avait atterri sur le tarmac de l’aéroport Modibo-Keïta, a été débarqué par la police aux frontières malienne. À son bord, 49 soldats ivoiriens du 8e détachement des Éléments de soutien nationaux (NSE), conduit par le colonel Adam Sanni Kouassi des Forces spéciales. Ils sont longuement interrogés, puis arrêtés et conduits à l’école de la gendarmerie de Faladié.  

Aux premières heures de l’affaire, la junte malienne qualifie ces militaires de « mercenaires » venus renverser le régime en place. La Côte d’Ivoire est-elle hostile aux colonels au point de tenter de les renverser ? Ces accusations n’ont en tout cas pas plu au président ivoirien. Alassane Ouattara demande « aux autorités maliennes de libérer, sans délai, les militaires ivoiriens injustement arrêtés ». 

Quand il remonte dans son avion pour aller à Abidjan, Robert Dussey le sait, le rôle de facilitateur que le Togo a accepté d’endosser dans ce dossier ne sera pas de tout repos. Mais il y croit. « Le Togo n’a pas vocation à prendre parti pour l’un des deux camps. Notre objectif est d’apaiser les relations entre les deux pays en obtenant la libération des 49 soldats arrêtés », nous confie-t-il au téléphone, peu de temps avant le décollage. Robert Dussey, qui s’affiche comme l’un des plus grands défenseurs d’Assimi Goïta, maîtrise son discours : ce n’est pas le moment de faire polémique. Las, cette prudence toute diplomatique et les efforts déployés seront sans effet. Le 14 août, les 49 Ivoiriens ont été inculpés et écroués pour « tentative d’atteinte à la sûreté de l’État ».

Metteur en scène

Adepte des apparitions médiatiques, Robert Dussey n’hésite pas à se mettre en scène. Sur son compte Twitter, il relaye la vidéo de la présidence ivoirienne le montrant souriant, et échangeant une poignée de main franche avec Alassane Ouattara et son ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara. « Dussey aime qu’on parle de lui », résume un observateur aguerri de la scène politique africaine.