Politique

Rwanda–États-Unis : M23, FDLR, Paul Rusesabagina… à Kigali, Antony Blinken évoque des dossiers épineux

Après s’être rendu à Pretoria et Kinshasa, le secrétaire d’État américain Antony Blinken était en visite au Rwanda. Avec le président Paul Kagame, il a notamment discuté des allégations de soutien que le Rwanda apporterait au M23 et de celui que la RDC apporterait aux FDLR.

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Mis à jour le 12 août 2022 à 11:21

Antony Blinken et Paul Kagame, le 11 août 2022, à Kigali. © Twitter / Antony Blinken

Après l’Afrique du Sud et la RD Congo, le secrétaire d’État américain Antony Blinken est arrivé au Rwanda, dernière étape de sa tournée africaine. Jeudi 11 août, il a rencontré le président Paul Kagame avec lequel plusieurs dossiers épineux ont été abordés.

Au surlendemain de son entretien avec Félix Tshisekedi, Antony Blinken a indiqué avoir discuté avec Paul Kagame des accusations de soutien de l’armée rwandaise au M23, mais aussi de la coopération entre les Forces armées de la RD Congo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). « Il y a des rapports crédibles faisant état de soutiens à des groupes armés de chaque côté, les FDLR par les Congolais, le M23 par les Rwandais », a-t-il déclaré, concluant : « Notre position est claire, tous ces soutiens doivent cesser. »

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« Rapports crédibles »

« Nous avons discuté des rapports crédibles qui indiquent que le Rwanda continue de soutenir le groupe rebelle M23 et possède ses propres forces en RDC (…) Chaque pays de la région doit respecter l’intégrité territoriale des autres », a-t-il déclaré après son audience avec Paul Kagame.

Antony Blinken fait référence au rapport d’experts missionnés par les Nations unies, selon lequel l’armée rwandaise aurait « lancé des interventions militaires contre des groupes armés congolais et des positions des Forces armées congolaises » depuis novembre 2021 et jusqu’en juin 2022. Kigali a démenti catégoriquement.

Un peu plus tard, lors d’une conférence de presse avec son homologue rwandais Vincent Biruta, il a incriminé le soutien des Forces armées congolaises aux FDLR. « Concernant les FDLR, ils ont cherché à conduire des attaques contre le Rwanda et participent à propager des idéologies haineuses », a souligné Antony Blinken. « Nous avons vu des rapports qui pointent la coopération entre les forces congolaises et les FDLR. J’en ai parlé avec les président congolais et nous faisons pression pour que cela cesse, comme nous faisons pression pour que les soutiens au M23 cessent. »

Le cas Rusesabagina

Autre sujet épineux : la question des droits de l’homme. « Comme je l’ai dit au président Kagame, nous pensons que les gens dans tous les pays devraient pouvoir exprimer leurs opinions sans peur d’intimidation, d’emprisonnement, de violences ou de toute autre forme de répression », a déclaré Antony Blinken lors d’une conférence de presse à Kigali.

Il a en particulier abordé le sort de Paul Rusesabagina, rendu célèbre par le film « Hôtel Rwanda », qui purge depuis l’an dernier une peine de 25 ans de prison pour « terrorisme » et dispose d’un statut de résident permanent aux États-Unis. Il a souligné « les préoccupations » américaines concernant « le manque de garanties de procès équitable » fournies à Paul Rusesabagina.

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La famille de ce dernier avait justement indiqué dans un communiqué qu’elle espérait d’Antony Blinken que son « engagement direct » aide à mettre fin à leur « cauchemar » et celui de leur proche, dont la santé se détériore, selon elle. En mai, Washington a estimé que Paul Rusesabagina, 68 ans, était « injustement détenu » par la justice rwandaise.

En amont de l’arrivée du secrétaire d’État, la société civile et des ONG avaient demandé une prise de position américaine sur la question des droits humains, Human Rights Watch appelant Antony Blinken à « signifier d’urgence (à Kigali) qu’il y aurait des conséquences à la répression et aux abus exercés par le gouvernement au Rwanda et au-delà ».

Avec AFP