Société

Sénégal : le jour où Sadio Mané a découvert la Lorraine

« La folie des transferts » (5/6). C’est par un glacial soir de janvier 2012 que le génie sénégalais du football fit son entrée en Ligue 2. Le début d’une épopée européenne qui se poursuit désormais au Bayern Munich, où le champion d’Afrique vient de signer.

Mis à jour le 13 août 2022 à 17:30

Sadio Mané, à Metz, le 27 mars 2012. © Fred Marvaux/Icon Sport

Mady Touré aimait à raconter à travers le Sénégal qu’un jeune Casamançais répondant au nom de Sadio Mané, qu’il avait fait venir à Génération Foot, l’académie qu’il avait créée à Dakar, deviendrait un jour un très grand joueur. On l’écoutait avec la politesse que l’on réserve parfois aux propos jugés fantasques. Après tout, combien de fois avait-on entendu parler du nouveau Maradona, Pelé, ou Platini ?

C’était à la fin des années 2000, et Sadio Mané venait d’être repéré à côté de Mbour et orienté vers Génération Foot. Moins de deux ans plus tard, et après avoir aidé son équipe à accéder à la Ligue 2 sénégalaise, l’attaquant prenait l’avion pour la France. Direction Metz, en Lorraine.

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« Il ne connaît pas le doute »

« Il faisait partie des plus doués. Il avait quelque chose, beaucoup de talent, de la rigueur et un mental d’acier, se souvient Mady Touré, fondateur de Génération Foot, lui-même ancien footballeur. Comme Génération Foot est partenaire du FC Metz, il ne pouvait aller que dans ce club. »

À son arrivée en France, Mané ne parle pas de la pubalgie qui le perturbe depuis déjà plusieurs semaines afin de ne pas compromettre ses chances. Au début de l’année 2011, avec son salaire mensuel de 800 euros, il apprend à s’adapter à son nouvel environnement. Ses apparitions se limitent à l’équipe des moins de 19 ans et à la réserve en CFA. Mais le jeune casamançais est animé d’une confiance en lui illimitée. « Il ne connaît pas le doute, poursuit Touré. Il a attendu son tour, tout en continuant à travailler pour mieux comprendre le jeu en Europe. »

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Au Sénégal déjà, Mané avait assimilé les codes et règles susceptibles de le mener vers les sommets, en se montrant attentif à l’alimentation ou à la récupération. Les exigences du football européen le poussent à se montrer encore plus strict. Le FC Metz, qui n’a pas déboursé un centime pour faire venir le joueur – le club français prend en charge une partie des coûts de fonctionnement de Génération Foot en contrepartie des transferts gratuits des meilleurs académiciens – regarde patiemment éclore ce talent à l’état pur.

Régime

« Il est devenu de plus en plus professionnel, car il savait que pour réussir, le talent ne suffisait pas. Sadio a perdu son père quand il était jeune, et il avait une mission, celle de nourrir sa famille », ajoute Touré. Rapidement, et sur les conseils de ce dernier, Mané banni de son alimentation toutes les sauces ou presque, en partie responsables de sa pubalgie. « Certains joueurs me surnommaient ketchup-mayonnaise », sourit Touré.

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Plusieurs mois après son arrivée en France et par un glacial soir de janvier 2012, Mané effectue enfin ses débuts en Ligue 2 lors d’un match perdu à domicile face à Bastia (0-1). Le Sénégalais, qui n’a pas encore 20 ans, fait une apparition de quelques minutes, qui sera suivie de plusieurs autres, nettement plus consistantes. Mais la saison se termine mal pour Metz, relégué en National, alors que Mané, dont le talent commence à faire parler au-delà des frontières françaises, est toujours en plein apprentissage.

Dans le quotidien L’Équipe, plusieurs de ses anciens coéquipiers messins admettent aujourd’hui s’être trompé sur lui. « Je pensais qu’il finirait comme un bon joueur de Ligue 1, pas plus », expliquait en avril dernier Pierre Bouby au quotidien sportif français. Mané ne jouera jamais en L1 française : quelques semaines après la relégation de Metz au troisième échelon national, où on l’aperçoit à quatre reprises, il est transféré au Red Bull Salzbourg, en Autriche, pour 4 millions d’euros. Suivront le FC Southampton, Liverpool et désormais le Bayern Munich, un des meilleurs clubs du monde, où il gagne plus d’un million d’euros par mois, soit plus du double de ce que lui versait mensuellement le comptable des Red. Loin, très loin des 800 euros du FC Metz…