Culture

DeLaVallet Bidiefono : « Au Congo, la mort nous accompagne au quotidien »

DeLaVallet Bidiefono au jardin de la vierge, en Avignon, le 8 juillet 2011. © Raymond Delalande/SIPA

La mort comme muse ? Le spectacle du Congolais DeLaVallet Bidiefono, programmé au prestigieux festival, invite à penser un monde hanté de fantômes. Le sien...

DeLaVallet Bidiefono a la pugnacité des survivants. Ce solide gaillard, né à Pointe-Noire en 1980, a développé une danse qui lui ressemble : percutante. Autodidacte, celui qui a grandi au rythme du reggae de Bob Marley et de la musique congolaise qu’on diffusait dans le bar de ses parents a trouvé sur scène un moyen de se construire. Liberté d’expression, place des femmes dans les sociétés africaines, pollution… Les thèmes de ses créations s’inscrivent dans une urgence à penser le monde. Un monde peuplé de morts, qui lui a inspiré Au-delà, sa création programmée du 19 au 25 juillet au Festival d’Avignon (France).

Guerre civile, effondrement de la toiture d’un marché en 2011, explosion d’un dépôt de munitions à Mpila en 2012, crash d’un avion-cargo en novembre dernier… « Au Congo, la mort nous accompagne au quotidien », commente-t-il. À tel point que l’on finit par dépenser plus d’argent pour les funérailles que pour les vivants. « À Brazzaville, les tombes sont partout, la ville est elle-même un cimetière », souligne-t-il avant d’ajouter : « Nous dansons sur les tombes, sur cet espace funeste mais vivant. »

Fleuve

Avec les 23 membres de sa compagnie Baninga, créée en 2005, DeLaVallet Bidiefono a pris ses quartiers dans la capitale. Chaque matin, la troupe court le long du fleuve Congo, avant de répéter là où elle peut. Les infrastructures culturelles font défaut. Bidiefono, lui, a pu bénéficier de formations au Centre culturel français auprès du chorégraphe d’origine italienne Paco Dècina. Aujourd’hui, il tient à transmettre son expérience, qui se nourrit autant du contemporain que du traditionnel, de la danse que du théâtre. Pour Au-delà, il a demandé à son compatriote Dieudonné Niangouna (dont il chorégraphie la pièce Shéda, présentée en Avignon) de lui écrire un texte. Ses tournées en France, où il est artiste associé au théâtre de Choisy-le-Roi, lui permettent d’investir au Congo. Avec l’espoir de donner une nouvelle image de l’artiste dans un pays où « une personne qui pratique la danse n’existe pas, est invisible, comme morte ».

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Séverine Kodjo-Grandvaux

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