Économie

Qui sont les fidèles de Johann Rupert, l’un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud ?

Président du groupe suisse Richemont, de la société sud-africaine Remgro et de l’organisme de placement luxembourgeois Reinet Investments, Johann Rupert est aujourd’hui l’un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud. Au sein de son carnet d’adresses, les hommes d’affaires influents côtoient les politiques les plus puissants.

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Mis à jour le 14 août 2022 à 16:17

La garde rapprochée de Johann Rupert. © JA

Principal héritier de la richissime famille Rupert, qui a construit sa renommée dans l’industrie du tabac, Johann Rupert est à la tête de l’un des plus puissants groupes mondiaux de l’univers du luxe, le Suisse Richemont. La fortune de la famille est aujourd’hui estimée à plus de sept milliards de dollars, ce qui placerait le Sud-Africain en deuxième position des hommes les plus riches de son pays.

Mais qui sont les personnes qui ont permis à Johann Rupert d’atteindre ce rang ? À 72 ans, cet héritier très secret s’est forgé un carnet d’adresses qui s’étend de Pretoria aux États-Unis et du monde des affaires aux palais présidentiels. Jeune Afrique vous emmène dans le monde secret des Rupert.

>> À lire sur The Africa Report – South Africa : Who’s who in Johann Rupert’s network ?

Gerrit Thomas Ferreira, Paul Harris et Laurie Dippenaar font partie des premiers associés de Johann Rupert, dont ils sont restés proches. À la fin des années 1970, leur petite société de structuration financière de Johannesburg, Rand Consolidated Investments, a ainsi fusionné avec la Rand Merchant Bank de Rupert pour devenir l’une des plus grandes sociétés de services financiers d’Afrique subsaharienne.

Edwin Hertzog a quant à lui grandi avec le jeune Johann alors que leurs pères étaient partenaires commerciaux. Médecin, il a ensuite fondé le groupe hospitalier Mediclinic International, que Johann l’a aidé à développer à l’international. Jürgen Schrempp, ancien PDG de Daimler-Benz, est de son côté l’un des administrateurs de Richemont et appartient au comité consultatif de Reinet – deux sociétés où Yves-André Istel, banquier d’affaires franco-américain, ancien de Rothschild Inc. et de Lehman Brothers, s’est également illustré.

Dans les pages du carnet d’adresses de Johann Rupert figurent également l’Italien Ruggero Magnoni, l’Américain Alan Quasha, l’homme de médias Johnny Copelyn, ainsi que Fred Robertson, Mustaq Brey, ou encore Daniel Zhang et Jack Ma, CEO et fondateur d’Alibaba, société avec laquelle Richemont a signé une coentreprise en 2018. Jabu Moleketi, ancien ministre des Finances, et Murphy Morobe, vétéran du Congrès national africain (ANC), sont quant à eux membres non exécutifs du conseil d’administration de Remgro, qui avait appelé à une forte victoire de l’ANC aux élections de 2019.

Enfin, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a proposé la candidature de Rupert à l’Ordre national de la Légion d’honneur, la plus haute distinction civile française. En 2018, ils ont aussi reçu ensemble le prix Appeal of Conscience à New York.

 

Cyril Ramaphosa était le secrétaire général du Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu) lorsque Johann Rupert l’a rencontré en 1990. Il a défié le chef d’entreprise à propos de l’implantation de sa nouvelle société, Richemont, à l’étranger. Rupert lui a répondu en citant le discours de l’ANC sur la nationalisation, et a ajouté que tout l’argent gagné par la société revenait en Afrique du Sud. Par la suite, ils sont devenus bons amis et Johann Rupert a aidé Cyril Ramaphosa, et un certain nombre d’hommes d’affaires noirs émergents, à s’établir.

Bien que son nom ne figure pas parmi les argentiers de la campagne présidentielle de Ramaphosa en 2017, Rupert a soutenu son élection après s’être ouvertement exprimé contre son prédécesseur, Jacob Zuma. Le domaine viticole L’Ormarins de Rupert a sponsorisé les vins du dîner de gala de l’ANC lors de la conférence qui a vu la victoire de Ramaphosa. C’est aussi dans ce même domaine que se sont mariés l’ancien ministre des Finances Trevor Manuel et la cheffe d’entreprise Maria Ramos en 2008.

Floyd Shivambu, vice-président des Economic Freedom Fighters (EFF, les « Combattants pour la liberté économique » – un parti politique sud-africain d’idéologie panafricaniste fondé en 2013 par d’anciens membres de l’ANC), était l’un de ceux qui, au sein du réseau informel de Rupert, lui avaient conseillé de soutenir Ramaphosa en 2017. Le chef du parti, Julius Malema, a quant à lui repoussé l’offre de Rupert de l’aider à régler ses affaires fiscales et a mené plusieurs manifestations devant les entreprises et les exploitations viticoles de Rupert, que les EFF considèrent comme un symbole de la domination blanche.

Des politiciens de l’opposition comme Helen Zille, de la Democratic Alliance, et Herman Mashaba, de l’Action SA, font également partie des réseaux de Rupert. Tous deux étaient présents lors de son 71e anniversaire, l’année dernière.

 

Le golfeur Ernie Els est un ami de longue date et joue régulièrement avec Rupert. En 1994, ils ont dîné avec Nelson Mandela. Un autre golfeur, Gary Player, a conçu le Leopard Creek Golf Club à Mpumalanga, que le milliardaire a construit et développé en 1996. Il est considéré comme l’un des meilleurs terrains du pays. Johann Rupert a également participé au tournoi de golf Gary Player Invitational afin de financer des œuvres caritatives en faveur des enfants.

Louis Oosthuizen et Charl Schwartzel, Christiaan Bezuidenhout ou encore le footballeur américain Tom Brady sont d’autres golfeurs proches de l’homme d’affaires. L’ancien joueur de rugby Springbok Morné Du Plessis a quant à lui été invité par Johann Rupert à rejoindre le corps décisionnel des Laureus World Sports Awards, qu’il a fondé en 2000, et dont Nelson Mandela a été le premier patron. Morné Du Plessis s’est ensuite retiré du circuit des récompenses, mais est resté membre de Sport for Good, un fonds pour le développement du sport.

 

Leon Louw est le directeur exécutif et cofondateur de la Free Market Foundation, groupe de réflexion libéral de droite avec lequel les Rupert entretiennent des liens étroits depuis sa création, en 1975. Il a publiquement défendu Johann Rupert contre des attaques politiques. Il y a trois ans, le milliardaire a fait don de millions à la fondation pour son projet Khaya Lam, qui vise à fournir aux habitants des townships de Stellenbosch et de Graaff-Reinet (lieu de naissance de son père) des titres de propriété pour les maisons dans lesquelles ils vivent depuis des décennies.

Johann Kriegler est un juge de la Cour constitutionnelle à la retraite, dont le projet Freedom Under Law aurait reçu le soutien de Rupert. Ce groupe de pression a été fondé en 2009, année où Jacob Zuma est devenu président du pays, afin d’engager des poursuites contre « les comportements institutionnels en conflit avec l’État de droit ».

 

Johann est marié à Gaynor Rupert, qui élève des chevaux de course et gère un haras d’étalons appelé Drakenstein Stud. Ils ont trois enfants : Anton, directeur de plusieurs entreprises, préparé à prendre la relève ; Caroline, qui travaille dans l’investissement et la philanthropie ; et Hanneli, créatrice de sacs à main de luxe. Tous vivent à l’étranger, conséquence des insultes publiques que la famille a subies, selon le père de famille.

Hanneli Rupert-Koegelenberg, la sœur de Johann, est l’une des principales mezzo-sopranos d’Afrique du Sud et possède La Motte, un domaine viticole de premier plan dans la province du Cap-Occidental. Son frère cadet, Anthonij Rupert, est décédé dans un accident de voiture en 2001, à l’âge de 49 ans. Il était le propriétaire de l’exploitation viticole L’Ormarins, reprise par Johann à sa mort.