Société

Algérie : Rabah Madjer, ici c’est Paris

« La folie des transferts » (3/6). En 1983, le footballeur qui évolue au NA Hussein-Dey, quitte l’Algérie pour la première fois de sa carrière. Remarqué lors de la Coupe du monde 1982, l’attaquant des Fennecs signe au Racing Club de Paris présidé par le milliardaire français, Jean-Luc Lagardère.

Mis à jour le 10 août 2022 à 18:40

L’Algérien Rabah Madjer, en août 1984. © Philippe Caron/L’Equipe/Presse Sports

En juin 1982, l’Algérie est éliminée au premier tour de la Coupe du monde, malgré ses victoires face à la République fédérale allemande (RFA) et au Chili. Victimes d’un sordide complot entre Allemands et Autrichiens qui s’arrangent lors du dernier match pour les éjecter prématurément du tournoi, les Fennecs gagnent l’estime du public et suscitent un certain intérêt des clubs européens, et notamment français. À l’époque, certains joueurs évoluaient en division F ou en Belgique. « Moi, j’étais sous contrat avec le club du NA Hussein-Dey (NAHD), à Alger. Évidemment, ceux qui étaient encore en Algérie souhaitaient partir en Europe », restitue Rabah Madjer, aujourd’hui 63 ans.

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« Non » au Paris-Saint-Germain

Durant les années 70 et 80, les footballeurs algériens n’étaient pas considérés comme des professionnels comme aujourd’hui. « L’État avait imposé à des entreprises de prendre le contrôle des clubs. Les joueurs étaient considérés comme des employés de ce club », se souvient Rabah Madjer. Les salaires étaient convenables, comparables à ceux que touchaient les cadres de l’entreprise, et étaient agrémentés de primes. « Ceux qui étaient internationaux touchaient un peu plus que les autres, grâce aux primes de la sélection. On vivait bien, nous étions un peu privilégiés », reprend l’ancien joueur.

Après la Coupe du monde, où il se distingue en marquant un but face à la RFA, Madjer, alors âgé de 23 ans, intéresse le Paris-Saint-Germain. Le président du club français, le flamboyant Francis Borelli, lui-même né en Algérie, effectue le déplacement jusqu’à Alger pour y rencontrer le joueur. Mais la Fédération algérienne de football (FAF), qui intervient dans tous les transferts des joueurs vers l’étranger, oppose un veto, estimant que le salaire proposé au joueur ne correspond pas à sa vraie valeur.

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Lagardère, le plus convaincant

L’attaquant encaisse le coup, sans se douter que l’opportunité parisienne se représentera un an plus tard. Le Racing club de Paris, qui évolue en Ligue 2, est alors présidé par le milliardaire Jean-Luc Lagardère, qui rêve de concurrencer le PSG. L’homme d’affaires a décidé de mettre les moyens nécessaires pour monter en Ligue 1, et mandate Serge Guyot, un des dirigeants parisiens, de convaincre Madjer et la FAF.

« Il faut savoir qu’à cette période, nous n’avions pas d’agent, et la Fédération nous accompagnait pour éviter que nous signions n’importe quoi, se remémore Madjer. Saint-Étienne s’intéressait aussi à moi, mais le club connaissait des difficultés financières. Le Racing  s’est montré plus convaincant. » L’indemnité de transfert versée au NAHD et le salaire proposé au joueur sont jugés recevables par la FAF.

En prime, le Racing invite le futur ex-club de Madjer à venir effectuer un stage en Île-de-France, tous frais payés. « M. Lagardère n’est jamais intervenu dans les négociations. C’est seulement arrivé à Paris que je l’ai rencontré », souligne Madjer, qui rêve que son fils Lotfi (20 ans), actuellement sous contrat à Al-Duhail (Qatar), l’imite et rejoigne prochainement l’Europe.

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L’heure de la revanche

L’Algérien, qui emménage dans la coquette commune de Houilles, dans les Yvelines, s’adapte facilement à son nouveau cadre de vie. Sa maîtrise de la langue française facilite son intégration dans le vestiaire parisien. Et sportivement, Madjer répond parfaitement aux attentes de son entraîneur Alain de Martigny et de ses dirigeants en inscrivant 20 buts et en contribuant à l’accession du club, rebaptisé Racing Paris 1, en Ligue 1.

Mais la saison 1984-1985 se transforme en cauchemar pour l’équipe parisienne, reléguée en L2. Malgré tout, Madjer parviendra à convaincre le prestigieux club portugais du FC Porto de l’acheter. Dans le sud de l’Europe, où il restera 6 ans (avec un prêt de six mois à Valence, en Espagne, en 1988), il remportera plusieurs titres, dont la Ligue des Champions en 1987 face au Bayern Munich. Ce jour-là, en Autriche, il prend une éclatante revanche sur le football ouest-allemand en marquant d’une géniale talonnade qui porte toujours son nom.