Politique

Maghreb : les yeux rivés sur la transition égyptienne

Des Tunisiens solidaires de Mohamed Morsi le 4 juillet, devant l'ambassade d'Égypte. © Amine Landoulsi/AFP

Qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, les partis islamistes des pays voisins - notamment Algérie, Maroc, Tunisie - suivent de près le sort de leurs homologues égyptiens.

Tunisie : parallèle tentant

Fustigeant l’armée égyptienne, les islamistes tunisiens traitent la destitution de Mohamed Morsi – « un coup d’État contre la révolution ! » – comme une affaire de politique intérieure. Tout juste admettent-ils que l’ex-président aurait dû composer avec les demandes des insurgés. Ils sont inquiets : le 30 juin, jour du principal rassemblement anti-Morsi au Caire, le conseil consultatif d’Ennahdha (le parti au pouvoir, proche des Frères musulmans) a préféré suspendre sa réunion pour suivre les événements. Même si l’équivalent local du mouvement égyptien Tamarod, qui a mené la fronde, est encore inconsistant, il est tentant de faire le parallèle entre les deux pays. Les Tunisiens sont mécontents des promesses non tenues, de la dégradation de la situation socio-économique, de la flambée des prix, de la sécurité précaire et d’un projet de Constitution insatisfaisant.

Arrivé au pouvoir par les urnes, comme le Parti de la liberté et de la justice (PLJ) en Égypte, Ennahdha n’exclut donc pas tout risque de contagion et tente de s’en prémunir en arguant de la légitimité de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et du gouvernement. Mais voilà : le parti devait diriger le pays pendant un an, le temps de rédiger une Constitution, or la transition dure maintenant depuis plus de dix-huit mois. En plaçant leurs hommes aux postes clés, les islamistes nourrissent aussi les critiques qui leur prêtent des volontés hégémoniques. Le début du ramadan et la crainte de violences pourraient bien être les derniers remparts contre une nouvelle contestation populaire.
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Par Frida Dahmani, à Tunis

Algérie : pas d’appel à manifester

« Ce n’est pas un coup d’État contre Morsi mais contre la démocratie. » Pour Abderrezak Mokri, le nouveau président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), les militaires qui ont renversé Mohamed Morsi n’auraient pas agi autrement s’ils avaient été des sergents recruteurs d’Al-Qaïda : « Depuis le Printemps arabe, l’ère des dictatures est révolue. Mais remettre en cause le verdict des urnes est le moyen le plus sûr de convaincre la jeunesse d’opter pour la violence. » Mokri n’imagine pas pour autant un scénario à l’algérienne (l’interruption du processus électoral favorable aux islamistes, en 1992, avait provoqué une décennie de guerre civile), mettant en avant la tradition pacifique de la confrérie. L’appel au soulèvement lancé par les Frères ? « C’est un appel à la désobéissance civile, à des manifestations pacifiques et des sit-in de protestation. » Contrairement à leurs « Frères » marocains du Parti de la justice et du développement (PJD) et à ceux tunisiens d’Ennahdha, les Algériens du MSP ne prévoient pas de manifestations. Même si l’état d’urgence est levé depuis plus de deux ans, elles sont toujours interdites.
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Par Chérif Ouazani, envoyé spécial à Alger

Maroc : prudence

Au soir du 3 juillet, le numéro deux du gouvernement, Abdellah Baha, a été le premier dirigeant islamiste marocain à s’exprimer sur la crise en Égypte : « Mohamed Morsi a commis beaucoup d’erreurs de gestion, des erreurs qu’il a d’ailleurs reconnues dans son discours. Mais cela ne justifie aucunement le coup d’État en cours contre la légitimité démocratique. » Cette position médiane tranche avec la ligne officielle du ministère des Affaires étrangères, qui déclarait simplement « [prendre] note des décisions prises par l’institution militaire égyptienne et de la feuille de route qui en découle ». Une prudence diplomatique nuancée par de lourds sous-entendus. Le roi a ainsi envoyé un message de félicitations « au président égyptien par intérim Adly Mansour », sans citer le nom de Morsi. Tandis que le compte Twitter du ministre (islamiste) des Affaires étrangères, Saadeddine El Othmani, annonçait (dans un tweet supprimé depuis) : « Moins de un Français sur quatre satisfait de l’action de Hollande » – manière sibylline de rappeler que l’impopularité n’est pas toujours considérée comme un motif suffisant pour renverser un chef d’État. Une partie des opposants au gouvernement islamiste d’Abdelilah Benkirane se réjouit ouvertement de la chute des Frères, dont de nombreuses voix de gauche ainsi qu’une partie de l’establishment. Dans L’Économiste du 8 juillet, l’éditorialiste Abdelmounaïm Dilami parle de « leçons égyptiennes » à tirer pour les pays arabes.
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Par Youssef Aït Akdim

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