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Le Mali de retour sur le marché obligataire, une opération « osée »

Le Trésor malien lance ce 9 août un emprunt de 270 milliards de F CFA, un mois après la levée des sanctions économiques et financières imposées par la Cedeao. Mais quelles sont ses chances de réussite ?

Mis à jour le 8 août 2022 à 13:25

Le siège de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), à Bamako, au Mali, en août 2020. © Annie Risemberg / AFP.

À l’heure où les discussions autour de la loi de finances 2023 se poursuivent à Bamako, les autorités maliennes s’activent pour acter le retour du pays sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa). Objectif ? Récolter 270 milliards de F CFA (410 millions d’euros) à travers l’émission de « bons de soutien et de résilience mais aussi d’obligations de relance assimilables ». Cette opération, la plus importante du genre jamais réalisée par le Trésor malien, devrait notamment servir à rembourser les arriérés de paiement de la dette cumulés ces derniers mois, alors que pays était sous embargo économique et financier de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Ce retour du Mali sur le marché régional des titres publics, prévu pour le 9 août, intervient huit mois après la dernière sortie du pays en décembre 2021. À l’époque, la junte au pouvoir, dirigée par Assimi Goïta, avait réussi à mobiliser avec succès 20,2 milliards de F CFA. Cependant, la nouvelle opération, en cours de préparation, s’annonce compliquée.

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Une note souveraine dégradée

Avec la mise en place des sanctions imposées par la Cedeao (du 9 janvier au 3 juillet) et l’accumulation des arriérés de remboursement de sa dette, Bamako a vu sa note souveraine se dégrader ces derniers mois.

Dans ce contexte incertain, l’agence américaine Moody’s a dégradé la note du Mali à Caa2 avec perspective « négative ». De quoi faire fuir les acteurs du marché ? « Cette initiative des autorités maliennes est plutôt osée, étant donné que le pays s’inscrit dans un contexte politico-sécuritaire qui fragilise ses finances publiques », explique l’analyste financier Christian Kouamé Zegbe.

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Reprise des paiements de la dette

S’il s’attend à « une opération compliquée » en raison de la baisse de confiance des investisseurs due aux arriérés de paiement, Chrisitian Kouamé Zegbé se dit aussi « optimiste ». Et pour cause : « Le retour en première ligne des banques maliennes et la capacité de Bamako à honorer ses dettes après la récente levée du gel de ses avoirs. »

En effet, les institutions bancaires maliennes ont contribué à la mi-juillet à hauteur de 2 milliards de F CFA à la levée de 38,33 milliards de F CFA sur le marché des titres publics par le Sénégal. « Avec le paiement de certaines échéances passées, le Mali rassure sur ses bonnes dispositions à tenir ses engagements et l’opération aura plus de chances d’aboutir », poursuit l’analyste financier, pour qui la levée des sanctions financières et économiques de la Cedeao permettra à la machine malienne de se relancer.