Politique

Au Soudan, la fronde monte contre Omar el-Béchir

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Omar el-Béchir au sommet de l'UA, à Abuja (Nigéria), le 15 juillet.

Omar el-Béchir au sommet de l'UA, à Abuja (Nigéria), le 15 juillet. © Albert Gonzalez Farran/AP/Sipa

Depuis quelques semaines, le chef de l’État soudanais Omar el-Béchir est confronté à la vague de contestation la plus forte qu’il ait connue en vingt-quatre ans de pouvoir. Il ferait bien de se méfier…

Omar el-Béchir tombera-t-il avant le 16 septembre ? Le 8 juin, l’opposition, rassemblée sous le nom des National Consensus Forces (NCF), s’est donné cent jours pour mettre à bas le régime soudanais. Depuis quelques semaines, les manifestations anti-Béchir se multiplient à Khartoum, mais aussi en province, jusqu’à Nyala, au Sud-Darfour. Signe des temps : l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, que l’on croyait définitivement retiré des affaires depuis sa chute, en juin 1989, remonte sur les estrades pour encourager les militants du parti Umma à organiser de grands sit-in pacifiques aux cris de « Béchir, dégage ! ». En vingt-quatre ans de pouvoir, le chef de l’État soudanais n’avait jamais affronté une telle opposition, mais l’homme est coriace.

Né il y a 69 ans dans un village au bord du Nil, le jeune Omar est élevé dans un milieu modeste – son père est ouvrier agricole et sa mère illettrée -, mais dans une famille rattachée aux Jaaliyyin, l’une des trois grandes tribus arabes qui font et défont les pouvoirs à Khartoum. Il s’engage dans les parachutistes et combat contre Israël, en 1973, aux côtés de l’armée égyptienne. Longtemps, l’officier mène une vie simple. Après son arrivée au pouvoir, il habite une villa ordinaire, qui est prudemment adossée au haut commandement militaire, non loin de l’aéroport international. Marié d’abord à une cousine maternelle, Fatima, il prend plus tard une deuxième épouse, Wihad – la jeune veuve de l’un de ses compagnons d’armes. Il n’a pas d’enfants. Jusqu’en mars 2009, l’homme vit discrètement.

Mais depuis que la Cour pénale internationale (CPI) l’a inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Béchir semble transformé. En meeting, il fait tournoyer sa canne dans les airs en lançant : « Les Amérindiens, Hiroshima, le Vietnam… Les vrais criminels, ce sont les Américains ! »

Un président violent et meurtrier

Un jour de mars 2010, Luis Moreno-Ocampo, l’ex-procureur de la CPI, a osé le comparer à Adolf Hitler ! Au passif du chef de l’État soudanais, il y a, c’est vrai, une litanie de massacres et de violences. Dès avril 1990, il fait exécuter vingt-huit officiers pour complot. De 1992 à 1996, il offre l’hospitalité à Oussama Ben Laden. En juin 1995, ses services secrets tentent d’assassiner le président égyptien Hosni Moubarak à Addis-Abeba. À partir de 2003, il lance les milices Djandjawid sur des centaines de villages du Darfour avec mission de tuer, violer et piller. Bilan : 300 000 morts, selon l’ONU. C’est pourtant le même homme qui, en 2011, accorde l’indépendance au Soudan du Sud et reçoit, pour cela, les félicitations de Barack Obama.

Béchir tiendra-t-il ? La libération de Salah Gosh, l’ex-patron des services secrets, montre que l’homme se sent isolé et cherche des appuis. A priori, il peut toujours compter sur l’armée et le général Abdelrahim Mohammed Hussein, son fidèle ministre de la Défense. Mais après l’indépendance du Soudan du Sud, les revenus pétroliers ont diminué de trois quarts. Le peuple gronde. Et depuis que la CPI a lancé contre lui un mandat d’arrêt international, c’est un président paria. Des pays comme le Nigeria ne l’accueillent plus. Le jour où il sera un boulet pour ses compagnons d’armes, il devra faire très attention…

>> Lire aussi : Béchir dribble la CPI

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